ACTE TROISIÈME
quence grave serait cet état d'esprit pour la France de demain!... Au seuil de tout... au moment de la reprise des volontés, des espérances! Allons donc, je ne veux pas le croire! Votre vie? mais elle commence!
CÉCILE, la fascinant toujours du regard.
Ginette! Ginette!
GINETTE, hochant la tête.
Ma vie? Voyez... elle ne m'appartient plus... Je l'ai engagée... Je n'avais pas le droit d'en disposer! Elle appartient à ceux dont j'ai été... l'obligée d'abord, puis ensuite, à ceux que j'ai entraînés, éperonnés vers un idéal... Que voulez-vous ? il y a des vies qui sont inscrites entre deux ou trois années... Ce qui vient après n'a plus la moindre importance!
DUARD
Ah! je vous croyais plus d'énergie!
GIKETTE
Mais il m'en faut énormément, pour faire ce que je fais! J'en ai un fonds inépuisable!
DUARD
Alors, si c'est vrai, détachez-vous des affligés de la guerre. Entreprenez une vie active, nécessaire, personnelle... Vous en aviez soif...
GINETTE
Cette vie-là, d'autres s'en chargeront toujours, d'autres qui n'ont pas laissé leur cœur dans la bataille!... Savez-vous bien qu'il y a maintenant tout un peuple immense qui va vivre dans le passé. Le peuple des veuves, celui des pauvres mères, des Eimantes, tous
les cœurs navrés, brisés de tristesse, mais gonflés de gloire! Au souvenir, tous, tous au souvenir!... C'est leur devoir d'y aller...
CÉCILE, comme à elle-même.
Elle s'éveille!
Qui satisfera-t-il dans la nation, ce devoir-là?
GINETTE
Qui? Je vais vous le dire, mon ami!... Il y a aussi un autre peuple qui vit dans des terres humides, remuées... toujours direction du Nord... là-haut... des villages de tumulus... des villages de tombes... un quart de France!...
CÉCILE
Oui, c'est là qu'il dort... c'est là qu'ils reposent!
GINETTE
Ils ont besoin qu'on les veille, les pauvres! Ils n'ont pas fait tout ce qu'ils ont osé faire pour qu'on les abandonne à eux-mêmes! Il est juste que certains d'entre nous n'éteignent jamais la veilleuse. Que penseraient-ils de nous?
CÉCILE, avec un cri, sanglotant.
Enfin, elle a compris!...
(Elle met sa tête un instant daui ses mains.) GINETTE
Il y a bien des femmes chastes qui se consacrent à Dieu! Pourquoi n'y en aurait-il pas pour se consacrer à eux? Est-ce que leur divinité n'en est pas digne?... Et celles comme moi qui ont participé au combat, les vierges guerrières, comme m'appelait Pierre en riant,