SCÈNE PREMIÈRE
BOUGUET, MADAME BOUGUET, BARATTIER, EDWIGE, PRAVIELLE, MAIRESSE, BONVALLET, PELISSIER, HERVÉ, TALLOIRES. TOUGHET, BLONDEL, MARGELLE.
Au lever du rideau, on entre de gauche, c'est-à-dire do l'appartement des Bougtiet. Le déjeuner rient de prendre tin.
PELISSIER
C'est prodigieux, ce que vient de nous communiquer Bouguet!
BONVALLET
Je suis dans la stupéfaction.
MAIRESSE
Quel pas en avant et quel bouleversement de toutes les théories!
Mon cher Bouguet, tu as résolu de nous étonner toujours.
BONVALLET
Et notre vénération pour vous deux ne sera jamais excessive.
BOUGUET
Mais non. Comme d'habitude, ma part, (Avec intentioB.) notre part, à ma femme, à Blondel et à moi, n'est qu'une contribution au hasard.
MAIRESSE
Pas de mots pareils entre nous, Bouguet! Vous nous avez dit vous-même, à déjeuner, combien de recherches patientes il a fallu pour arriver à reproduire, à partir de culture, des lésions cancéreuses caractérisées...
BONVALLET
C'est un résultat merveilleux, inattendu, et qui va être formidable de conséquences!...
BARATTIER
C'est-à-dire qu'il y a encore quinze jours on m'aurait affirmé qu'on pourrait les provoquer sans inoculation de fragment de lésion, ça m'aurait paru du domaine de la fantaisie ! Du Jules Verne pour première page de journaux!
MAIRESSE
Nous savions pourtant que depuis longtemps vous étiez sur la question, mais nous ne nous doutions pas que vous touchiez au but...
PÉLISSIER
Et tu le tenais bien caché!
BOUGUET
Naturellement. Ce que je ne vous ai pas dit pendant le déjeuner, ce sont nos transes, nos espoirs successifs et nos hésitations finales, lorsque nous avons enfin obtenu ce résultat d'isoler le bacille. Cf» résultatlà, voici trois ou quatre mois que nous aurions pu le faire connaître.
MADAME BOUGUET
Oh! oui, facilement trois ou quatre mois... n'estce pas, Blondel?
BLONDEL
Environ.
BOUGUET
Mais, j'ai horreur de publier trop vite.
PÉLISSIER
Oh! toi, lorsqu'on entend^dire que tu vas t' atteler à une question, c'est que tu as déjà résolu le problème aux trois quarts.
BOUGUET
Non, mais, sous prétexte de prendre date, que de conclusions prématurées sont répandues chaque jour, n'est-ce pas?... Enfin, maintenant, je crois pouvoir, sans aucune réticence, déceler le résultat que nous tenions si soigneusement caché dans la cra-nte de nous avancer trop tôt. Et c'est lundi que je lirai à l'Institut la note que je puis qualifier d'officielle.|
Quel retentissement elle va avoir!
iU LES FLAMBEAUX
BOUGUET
Je n'ai plus qu'une crainte, celle dont je vous faisais part à déjeuner, que, si le fait nouveau s'ébruite ou se répand trop rapidement, le public ne se méprenne et n'appelle guérison du cancer ce qui n'est, à tout prendre, qu'un premier pas... définitif, je veux bien, mais seulement un premier pas.
PRA VIELLE
Vous avez raison. C'est un besoin pour le public de découvrir des bienfaiteurs de T humanité.
BONVALLET
Et il se paie d'illusions...
PRAVIELLE
Et puis, ton nom est trop aimé, ta personnalité trop célèbre, l'Institut que tu diriges trop populaire, par conséquent trop guetté... mais, quel couronnement de carrière si vous pouviez tous deux attacher votre nom aune pareille découverte!... En tout cas, l'Institut Claude-Bernard va être rudement à l'honneur, dès lundi!
HERVÉ
Du petit au grand, du simple préparateur que je suis à la collaboratrice merveilleuse du maître, tous, ici, nous sommes dans la fièvre.
LE DEUXIÈME PREPARATEUR
Oui, tous.
MADAME BOUGUET, souriant.
Allons, allons!... Du calme, Hervé... et pas de grands mots.
PÉLISSIER
Enfin, c'est l'espoir presque sûr, désormais, de la guérison \îu cancer!...