XXVI PREFACE
ia lumière et de la vérité. Elle eût entraîné les masses démocratiques de tous les pays, masses qui feront ces révolutions nécessaires et salutaires dont on peut prédire qu'elles seront le dénouement de l'orgie autocratique.
Elle eût facilité également une ligue des pays neutres.
Sur la fièvre de l'univers, nous n'avons eu pour baume jusqu'ici que les paroles malheureusement tardives du président Wilson. Elles ont eu une grande autorité, assez pour que nous jugions du pouvoir qu'auraient eu un appel plus éloquent, plus horrilié, une sollicitude plus émue. Un homme pourtant a parlé au nom de la masse silencieuse de l'humanité accablée et ruinée, au nom des collectivités martyrisées et ces messages n'ont pas été vains, même si ce peuple était forcé d'entrer en lice.
Des ondes de lumière ont été agitées et tout au moins les grands principes de l'humanité et les vastes espérances d'avant-guerre ont relevé leurs fronts humiliés. Elles fructifieront. Ayons confiance. L'Idée dépasse les êtres qui la mettent en branle. Elle entraîne les nations à sa remorque.
Mais ce n'était pas assez que cette objurgation tardive, il fallait plus! Par malheur une sorte de terreur instituée par la presse mondiale a imposé le silence à ceux qui avaient |»eut-ètre le plus envie de prendre la parole ou de pousser le cri d'une conscience déchirée.
On peut évaluer maintenant quelle a été la responsabilité de la presse de tous les pays dans la
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prolongation et dans les erreurs de cette guerre. Elle a instauré ou subi — on n'en peut plus distinguer le départ — la féodalité du mensonge et peut-être la presse esl-elle moins responsable qu'on ne le pense, car elle a agi par tàtonuement et plus par suggestion que par intérêt. N'importe! Elle a eu sa part dans la propagation des erreurs de toutes sortes. Elle a été le plus souvent dans son ensemble la parodie de la guerre. Elle a sophistiqué l'histoire et son soldat, rapetissé la grande résolution douloureuse et mélancolique de l'homme sur toutes les lerres où l'on saigne, même celles de l'ennemi. Elle s'est faite marchande de sornettes... Elle n'a pas distingué les grandes directions de la pensée, ni les forces des événements en conflagration. Elle est restée en dehors de l'état d'ànie populaire, — qui s'est passé d'elle. Elle est demeurée bureaucratique, sédentairement conlinée dans des errements de jadis. Heureusement, il y eut, il y a toujours à sa lète des hommes d'action, des braves lutteurs qui ont fait du bien, des organisateurs et des esprits de pure race. L'ensemble ne constitue pas une force suffisante qui pallie l'elTet déconcertant d'une si lourde consommation d'erreurs et de puérilités qui justifieraient à elles seules la réputation de légèreté que nous nous sommes faites à travers les âges! On a cru qu'à ces masses redevenues les troupeaux des anciens temps, il fallait conférer un idéal collectif énorme, des idoles grossières, des abstractions ingénues. Erreur! Un sourd travail se produit dans l'Europe, auquel la presse est restée étrangère. Mais