ACTE PREMIER
EDWIGE, suisaute.
Vous allez lui révéler?... \'ous allez...
BOUGUET
Jamais de la vie! Je resterai dans les généralités les plus grandes. Mais ces généralités m' éclaireront. D'elles se dégagera manifestement le parti que je dois prendre. Je vais le voir; je crois qu'il partage mes idées... mais je puis me tromper!... Peut-être sommesnous à mille lieues l'un de l'autre... Nous ne parlons jamais ensemble de ces questions d'amour et de sentiment... Peut-être n'est-il dégagé d'aucun préjugé... Peut-être reste-t-il attaché aux traditions. Je ne crois pas, car c'est un simple, un véridique et un sain... En tout cas, ce qui m'importe, maintenant, c'est de me répondre à moi-même!... Je.vais lui parler, j'éclairerai en même temps ma conscience, et, d'ici un quart d'heure, je saurai si je dois ou non autoriser ce mariage, (ii sonne.) J'appelle.
EDWIGE
De suite?
BOUGUET
Immédiatement. Pour l'instant,' descends retrouver ma femme. Tu vas la rassurer, quoi qu'il advienne de toi par la suite, en lui disant à peu prés ceci : « J'ai réfléchi. J'accepte, madame, de grand cœur. Et je suis toute joyeuse. » Trouve un prétexte à ton humeur et à un changement si contradictoire... Mais, j'exige de toi, tu entends bien... ceci est indispensable... que ma chère femme soit délivrée de tout soupçon, dans le même temps que j'aurai conversé avec Blondel... Arrange-toi... c'est ton alïaii'e... Je me fie à ton intelligence et à ton cœur!...
EDWIGE
Je le promets...
(Entre le garçon de laboratoire.)
BOUQUET
Arthur, voulez- vous prier M. Blondel de venir à la minute dans mon bureau... (ii soit.) Plus un mot!... Va!...
EDWIGE
Je serai soumise, obéissante... La part la plus belle de ma vie est désormais terminée. Le reste est dans vos mains. (Avec timidité.) Mais puis-je savoir ce que vous allez dire à M. Blondel ?
BOUGUET
Non. Tu n'as plus à intervenir dans ce qui va être dit par nous deux... La partie de conscience qui se j oue et se consomme autour de toi ne te concerne plus. . . Laisse faire et va... Pour l'instant, tu es une entité !...
(Elle sort, respectueuse, humble.)