‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 18 sur 263 · PRÉFACE XXIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXIX

lation de témoignages, accent d'une âme fiévreuse et fraternelle, ce livre a déjà et aura de jour en jour plus encore une répercussion salubre. Or, je ne sache pas que ces pages où la vérité saigne tout entière, et qu'un cœur passionné d'espérance a dicté, aient affaibli nos courages, déprimé les soldats par le récit de leurs misères, entamé la noblesse de notre cause!... Jamais la vérité ne déçoit. Nous sommes instruits par le passé que les pires erreurs des dirigeanis ont élé toujours de poser le boisseau sur la lumière!... Et la lumière finit toujours par faire sauter le boisseau.

Malheureusement, après trois ans bientôt de guerre et d'adaptation au malheur autant qu'à l'héroïsme éperdu, je crois bien que toute intervention, autre que celle du fusil et du canon, est sans avenir! On est allé trop loin dans, 'invraisemblable pour que l'expérience suprême ne soit pas tentée! et les peuples y sont amèrement résolus; ils continueront tète baissée dans l'orage du sang!... La victoire sans doute décidera. Prions pour notre sainte et immortelle patrie! Prions pour le sort des armes, et pour tous les saccages exécrés qu'elles vont accumuler encore!... Prions, parce que notre victoire peut tout réparer; elle est îe salut de l'humanité en péril. Elle suscitera une réaction formidable et féconde; — mais-auprixde quelles ruines! Comment ne pas frémir en y songeant?

Ce n'est plus maintenant que îa pitié et la raison peuvent s'imposer avec utilité. C'est au moment où se produisit la chute de l'orgueil allemand, après

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la Marne el l'Yser, quand les peuples étourdis se mirent à fourbir, chacun de leur côté, des armes démesurées, à entraîner dans leurs filets les autres peuples neutres et à préparer ainsi le cercueil des vieux régimes... c'est à ce moment-là qu'elles devaient intervenir! Maintenant il ne nous reste plus qu'à invoquer platoniquement la déesse Raison, — et à écrire chacun selon son cœur, du plus humble au plus autorisé.

Et quand bien même l'effet de la pitié déchaînée n'eût pas été ce qu'on en aurait pu attendre, je ne vois pas en quoi l'esprit humain se serait déshonoré pour avoir tenté par son imploration de hâter la fin logique d'une catastrophe qui n'a plus aucun rapport avec ce qu'on appelait du nom de guerre, avec ce que nous envisagions aux jours sublimes et légers de la mobilisation, alors que maintenant le pugilat est devenu à proprement parler le suicide de la vieille Europe, la cachexie des races... Certes, devant ce piétinement sur le charnier, comme elle est sans risque l'attitude de celui qui s'écrie : « Sont-ils beaux! Pas une plainte! Delà vaillance et de la gaieté française! Arrière le pessimisme! La France est régénérée quand elle était hier gangrenée aux moelles et divisée. Vive l'union sacrée, etc.. » cependant qu'on voit, de toutes parts, grimacer au contraire les haines de partis et que manifestement ils aiguisent leurs armes et leurs ongles, pour un corps à corps qui sera un des plus irréductibles qu'on aura jamais vus!... La pitié les eût aidés peut être à se reprendre et à éviter l'attaque fratricide

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qu'ils préparent, mais qui semble inéluctable désormais.

Pour ceux qui ne se soumettent pas à des soucis de carrière, la juste attitude est de parler sans rébellion, sans colère, — mais avec la décision de ne pas mentir ni à la vérité ni à la dignité d'écrire. Quand on n'est pas un flambeau, qu'on n'a pas rang dans cette phalange qui a le droit et la puissance de faire retentir jusqu'aux confins du monde le cri inentendu qui soulagerait la masse des peuples opprimés et résignés, il n'y a qu'à retracer simplement ce que l'on voit et ce que l'on ressent en face des évidences. Cela constitue déjà, par le temps qui court, un acte de courage!... Triste constatation!... Les entrepreneurs de scandale dont le métier est le chantage, les Irafiqueurs de guerre, les termites de la calomnie organisée sont là pour pétrir automatiquement les pincées de boue qu'ils puisent à la grande auge. Non contents de déshonorer la presse, ils rendent vains les eftbrts des moralistes et des écrivains sérieux. Plus d'un a remarqué tristement qu'entre la satire du moraliste et le pamphlet du calomniateur, le public mis en garde par trop d'expériences ne sait plus distinguer : il confond dans la même défiance l'œuvre de salubrité et le trafic d'intérêt. Heureusement, ces manufactures de calomnies officielles et privées se sont tellement discréditées elles-mêmes que si elles parviennent à jeter la suspicion sur les bonnes entreprises, elles n'arrivent pourtant point à renouveler leur propre crédit auprès d'une foule

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