‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 19 sur 263 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

que les excès de duperie ont lassée depuis longtemps.

J'en ai eu encore la preuve à propos de cette pièce qui ne prétend pas à être une œuvre importante, mais que défendait sa sincérité. La masse profonde du public ne s'y est pas trompée et cette fois encore laconspiration dirigée contre la pièce a fait long feu.

Il sera néanmoins intéressant plus tard pour l'information littéraire de rechercher quel a été durant la guerre le réveil de la critique dramatique après trois années de silence. Le formidable événement, hélas, ne paraît avoir été d'aucune conséquence pour elle. Aucune évolution. Elle est demeurée semblable à elle-même; elle a amplifié le ton, voilà tout. Les injures dont j'ai été abreuvé cette fois passent de beaucoup celles que j'avais reçues pour mes pièces précédentes. On sent une volonté plus ramassée de donner le coup décisif. Il est inconnu qu'un écrivain, surtout un auteur dramatique, ait été attaqué avec autant d'àpreté. Les invectives de ce genre sont généralement réservées aux hommes politiques ou à ceux dont la vie publique s'est mêlée à des effervescences de partis. Je voudrais bien dire que ces attaques s'adressent à l'esprit de la pièce et à ce qu'elle peut contenir de volonté artistique ou de tendance morale. Hélas ! j'en serais complètement empêché ! Les tendances de l'œuvre y sont pour peu de chose. La coalition a été nettement dirigée contre la personnalité d'un écrivain dont l'indépendance et l'isolement semblent avoir servi de cible. A part quelques esprits coutumiers d'ana-

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lyses qui honorent leur profession, — combien rares ! — et qu'il est superflu de désigner ici, un flot d'articles conçus dans un style d'une rare indigence ont charrié tous les lieux communs de l'invective... La plume a peine à reproduire ces gentillesses... Je me suis vu traité successivement dans les grands quotidiens de « bandit crapuleux, empoisonneur public, excrémentiel, pourriture, faussaire, lubrique, honte de la France... le plus nauséabond des mercantis, farceur et saligaud, de Sade dans son cachot, palefrenier morphinomane, potard couMilsionnaire, gatouille de bateau, ordure suprême..., etc., etc. » Que sais-je!... Injures qui n'ont aucune relation d'idée avec la pièce, mais c'est là le procédé habituel de la calomnie. Ce n'est triste que parce que de pareilles choses s'écrivent durant que les Allemands piétinent encore le sol de France! Ma pièce était communément traitée de parodie sacrilège, de chiennerie, dç pauvreté ignomineuse et de spéculation révoltante, etc.. Et il ne faut pas croire que ce genre de critique ait été un langage spécifique réservé aux entrepreneurs habituels de l'injure et de la haine. Je citerai tel poète — sans talent, mais connu — qui osa écrire : « Par ici, les nettoyeurs de tranchées ». L'essai d'obstruction ne s'arrêtait pas là. Dès le lendemain de la représentation, des directeurs de journaux importants et de quelques feuilles de choux, s'en furent au ministère réclamer la fermeture du théâtre qui représentait V Amazone ou l'interdiction de la pièce. Jolies préoccupations! Quelques cri-

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