PREFACE XXXV
sérieux pas en arrrière et revenir à des procédés plus décents pour retrouver une autorité dont ils se sontpeuàpeu dépouillés. La juste appréciation delà foule qui s'est libérée de leur influence a définitivement percé à jour le jeu de ces discréditeurs attitrés de la pensée française, assermentés à leur parti ou à leur clientèle, qui n'ont d'autre mission que d'avilir les forces intellectuelles de leur pays, parce qu'elles se dirigent vers des chemins qui ne sont pas les leurs, et sur lesquels il est toujours facile d'exercer ce qu'on pourrait appeler des tirs de barrage. A ceux-là la guerre était apparue une aubaine presque inespérée, une raison d'être nouvelle et à la faveur d'un patriotisme devenu leur bonne à tout faire — c'est-à-dire qu'ils l'ont mis à tous les ouvrages — ils espèrent organiser le saccage de leurs ennemis et se refaire des virginités compromises, au moyen de cette vieille idéologie : la guerre qui vient au secours de leur système politique et privé. Sur la garde de leur sabre, ils inscrivirent le nouveau mot d'ordre d'agression : Union sacrée. Mais dans tous les domaines de la vie nationale, il ne semble pas que ce soulagement leur ait été octroyé ! Le bon sens français, la robustesse populaire, en attendant le retour des soldats demeurent inattaquables. La nation leur montrera', preuves en mains, que depuis cent ans et plus qu'elle s'achemine vers la réalisation de ses grands programmes, il n'y a plus d'obscurantisme qui puisse désorienter une race soumise en tant de siècles à trop d'expériences !
xxxvi PRÉFACE
Mais pour en revenir à l'humble littérature et à la plus humble de toutes, la littérature dramatique, constatons qu'à vrai dire l'occasion paraissait belle de passer au fil de l'union sacrée un écrivain que l'on sait vivre dans un isolement complet et qui n'étant soutenu par aucun parti, par aucuneamitié, semblait devoir représenter, dans les circonstances actuelles, un des obstacles les plus faciles et les moins lourds à renverser. La tentation était grande ! 11 est, en effet, assez anormal que l'homme seul, c'est-à-dire l'homme qui passe de son cabinet de travail à son jardin, et qui a la prétention d'exercer librement au dehors son métier, soit en relation directe avec la grande foule et fasse avec elle échange de sincérité. Il y a là une anomalie évidente. Les ennemis de la liberté de penser voient dans ce libre commerce de sympathies, obtenu sans truchement, un mauvais présage pour l'avenir. La liberté de penser, la seule que pour ma part je réclame, la tradition veut qu'on ait bien du mal à l'exercer, dans notre pays, même lorsqu'elle est sans aspérité et qu'elle s'exprime sans violence! Mais « l'homme seul » la considère par contre, cette liberté, comme le plus précieux quoique le plus fragile des biens ; la perte de son indépendance est la seule privation dont il puisse souffrir, l'unique risque auquel il soit décidé de ne pas s'exposer. Chacun a une conception particulière de sa vie et de son devoir et il ne faut pas s'étonner que le solitaire entende avoir le bénéfice de son isolement. Pour qui vit loin de toute compétition de carrière,