‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 231 sur 263 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

auquel il travaille depuis dix ans, soigneusement recopié par les mains de ma femme. La plus grande partie est en train de brûler dans le poêle du laboratoire... Tout se consume en ce moment... jusqu'aux brouillons!...

BOUGUET, se ruant vers lui.

Malheureux! Qu'as- tu fait?

BLONDEL

Et ce qui reste, le voici... je suis venu le déchirer feuille à feuille devant toi!... Tenez, tenez... Table rase !

(Il se met avec fureur à en déchirer les feuillets qui s'animent sous ses doigts.)

BOUGUET, se précipitant sur lui.

Arrête... Arrête!...

BLONDEL, éclatant d'un rire strident.

Tu m'as volé ce que j'avais de plus précieux et tu viens de me dire : « Qu'est-ce que ça peut bien faire! Élève- toi! » Ah! ah! je ris!... Regarde ton instinct, la bête... Tu te précipites à ton tour pour défendre ce que tu as de plus cher... Je déchire... Au vent, tout ça! Au feu, ta renommée... en petits morceaux!

(11 lacère, déchire et piétine, comme acharné sur une chose Tivante. Madame Bouguet et Edwige se précipitent, cherchent à ramasser par terre les morceaux épars. C'est le ge&le du désastre.)

MADAME BOUGUET

Ne détruisez pas le livre innocent!

Revanche pour revanche! (a sa femme à j^onoux, Ics mains tendues vers les feuillets.) DcbOUt! toi, dcbout! (A Bouguet.)

Ah! je sais maintenant par où vous atteindre! Dans ta pensée!... D'elle je te ferai veuf!...

ai8 LES FLAMBEAUX

MADAME BOUGUET, suppliante.

Pas notre œuvre! Pas notre travail!...

BLONDEL

Tout y passera... (a sa femme.) Et toi, au bercail!...

(Il la relève.) ' EDWIGE, avec une protestation hautaine de tout l'être.

Vous prétendez?

BLONDEL

Tu t'étais dit : « Maintenant que le coup est lâché, je vais partir !.... » Du tout... du tout!... Je te garde! Tu entends... je te garde!... Tu entends, Bouguet, je la garde!... C'est ma femme!... Et tu vas marcher droit, s'il te plaît... Rentre... (ii la pousse du poing.) Chez nous, je te dis, chez nous... chez nous!...

(11 la pousse sauvagement par les épaules dans la villa, retrouvant le geste du g'uerrier ou du chasseur antique qui s'empare de la proie, et pendant qu'il referme la porte sur cu.\, instinclivement toujours, Bouguet et sa femme tendent leurs mains, daiis l'ombre, Ters les feuillets épars 'Vîchirés.)

RiDEAU

Une pièce au premier étage de l'Institut Claude-Bernard. C'est une pièce donnant sur la chambre de Mme Bouguet. On voit, dès le premier abord, qu'elle sert de bureau. Le buste de Pasteur sur une \ieille cheminée régence. Boiseries du vieil hôtel. Une table de bois blanc. Pas de rideaux. Un tableau au mur. Chaise longue, meubles très simples.

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