XL PRÉFACE
grands et que les vrais écrivains se tendent la main, non pour défendre leur collectivité, mais leur religion en péril, la Raison. Le règne de la force oppressive heurte aux portes de la vieille Byzance. Une représaille éternelle flotte sur la terre. L'odeur nauséabonde du sang et du crime ne fait que s'accroître; un désespoir monte de l'horizon. Que l'homme intègre reste à son poste de vigie, en attendant que se dissipent les assauts de ténèbres! 'Son, la confiance dans le beau, dans -le pur, dans le bon et le vrai ne sera pas une vaine espérance ! Ces mots-là sont pour nous l'honneur même de vivre. Nous attendons leur réalisation.
Jamais le grand principe ternaire de nos pères et de nos maîtres n'a resplendi d'un éclat plus radieux, malgré l'ombre implacable où le sang les éclabousse : liberté, égalité, fraternité ! Et c'est le sang des'justes qui vient encore de rajeunir ces trois catéchumènes. La route sera longue, mais elle est sûre. En avant, peuples, vers le soleil, là-bas, la république sociale universelle, qui, un jour, renouvellera le monde !
Si, par malheur, nous fai^vons défection, que •ce soit à toi, jeunesse de France, dont Teftort n'aura pas affaibli le courage, que ce soit à toi qu'incombe la tâche de remettre tout en ordre dans les grands foyers sociaux. Tu feras nette et pure la place où tu projettes d'asseoir ton repos. C'est toi seule qui détermineras les grandes directions immédiates de la conscience au lendemain même du jour où cessera brusquement cette régence de la haine à
PREFACE XLi
laquelle toutes les vieilles fédérations de l'esprit humain se sont soumjses avec une docilité momentanée, comme l'ont fait nations et royaumes. Et l'enfance aussi, celle qui joue en ce moment au cerceau et à la toupie, alors que les aînés se battent, cette enfance verra et accomplira de grandes choses! A l'heure tragique et enténébrée que nous vivons, on ne peut se défendre d'une grande émotion lorsque l'on regarde les enfants bâtir leurs pâtés dans le sable... Quel héritage nous laisserons à leurs petites mains! Peut-être verront-ils entin de grandes innovations continentales? Peut-être de beaux repentirs jailliront-ils de cet avortement monstrueux de la guerre? Croyons! La plus immorale des expériences entraînera le plus fécond des châtiments lorsque, après le cauchemar forcené qu'elle est en train de vivre, après cette hypnose farouche de l'idée fixe — car tout sommeil n'est pas forcément léthargique — l'humanité entière tendra les bras vers la lumière, comme un dormeur qui se réveille...
Janvier 1917.
P.-S. — Depuis que ces pages ont été écrites et imprimées, d'importants événements extérieurs qu'elles pressentaient se sont déjà produits. L'auteur n'a rien à ajouter ni à rectifier. L'avenir se fixe et pose ses points de repère.