‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 246 sur 263 · SCÈNE IX BOUGUET, PRAVIELLE · texte numérisé non relu

SCÈNE IX BOUGUET, PRAVIELLE

BOUGUET, sans l)ouger la tète, à voix très retenue.

Maintenant, Pravielle, pas de blagués!... Je serai votre homme dans quelques minutes; je me livrerai à vous, mais, y eût-il une chance sur mille que des eomplications se produisent, il faut que je sache.

PRAVIELLE, s'assevant près de lui.

Il n'en est pas question.

BOUGUET

La vérité... vous m'entendez bien! J'ai absolument besoin de la connaître. Je suis épouvanté en pensant à la situation effroyable que je laisserais derrière moi, s'il m' advenait de disparaître avant que j'aie pu dicter mes volontés. 'Cet institut a été toute ma vie... je veux en régler la destinée, l'avenir... non, laissez-moi parler... Et puis, la dignité de mon nom compromis... ma femme et ma fille... Ce serait lamentable!... Et ce sont là des dispositions, hélas! que je ne peux écrire!... Mon devoir suprême, même avant de penser à ma sauvegarde, est de laisser debout un édifice qui a fait tout mon effort et qui pourrait s'effondrer dans une faillite sans nom! Maintenant, allez-y.

PRAVIELLE

Je VOUS ai laissé m' exposer tous vos scrupules mon cher ami. Si vous étiez en danger, je ne manquerais pas de vous le dire, je vous le promets. Je connais la situation à laquelle vous faites allusion et je m'inclinerais devant votre grave volonté.

BOUGUET

Alors, mon cas...

PRAVIELLE

Pour l'instant, le diagnostic me parait bien déterminé. La balle peut être logée à proximité du poumon, mais le poumon n'est sûrement pas touché. Je vous ai observé tout le long du trajet et vous m'avez dit vous-même qu'à aucun moment vous n'avez craché le sang. Il n'y a pas eu d'hémoptysie...

BOUGUET

S'il y avait hémoptysie, si légère soit- elle, ce serait le signe certain que la balle logerait dans le poumon, n'est-ce pas? Et alors?...

PRAVIELLE

C'est un des seuls cas où l'on puisse, a priori, redouter qu'il y ait péril ou danger... Dans ce cas, le malade est sous la menace possible d'une hémorragie qui peut être aussi bien légère que grave ou funeste... mais, encore une fois, je me serais opposé à votre transport, si je n'étais convaincu que la balle n'intéresse que la paroi thoracique. Nous allons en avoir le cœur net. Vous serez, je pense, complètement rassuré après l'examen radiographique.

BOUGUET

Merci, mon ami... Allez, en effet, préparer la radiographie avec Hervé et les autres... et faites entrer ma femme, je vous prie.

PRA VIELLE, après une hésitation.

Je redoute votre émotion et les paroles.

BOUGUET, fermement.

Vous avez vu, la pauvre créature déçue et froissée s'est tenue à l'écart quand je suis entré!... Malheureuse femme! Je ne dirai que les mots nécessaires, indispensables, mais, n'aurait- elle de moi qu'un baiser, j 8 le lui donnerai sans témoin, comme j e le dois, (Ai-ec autorité) et comme je le veux...

PRA VIELLE, s'inclinant.

C'est trop naturel, après tout! Je consens à ne pas vous contrarier. Demeurez seulement immobile et mesurez vos paroles. Je n'exige pas plus.

BOUGUET

Allez.

PRAVIELLE, entr'ouvrant la porte de droite.

Voulez-vous avertir Madame Bouguet de ma part qu'elle est autorisée à venir auprès de son mari? (a Bouguet.) Encore une fois je vous recommande, mon ami, le plus grand calme.

BOUGUET

Soyez tranquille, et merci de la permission... merci pour tout...

(Pravielle sort à gauche. Entre ensuite Madame Bouguet par l'autre porte.)

Page 1