SCÈNE X BOUGUET, MADAME BOUGUET
BOUGUET
Me pardonnes- tu, Jeanne?
(Silence.)
MADAME BOUGUET, ne s'approchant pas.
J'éprouve une mortification infinie. Mais ce n'est pas l'heure de te reprocher quoi que ce soit, n'estce pas? Tu viens de donner la justification de toutes les calomnies qui montent vers nous, vers toi... Tu as fait plus que de donner raison à Blondel. Tu as, par ce duel inattendu entre deux collaborateurs et deux savants, sanctionné pour ainsi dire ton aventure avec cette fille. Laurent, est-ce pour elle que tu t'es battu?...
BOUGUET
Ma femme, ma femme bien-aimée !... Gomment peux- tu me demander celai
MADAME BOUGUET, éclaUmi.
Ah! Laurent, c'est que je t'aime tant!
(Elle s» précipite à genoux près du canapé.) BOUGUET
Et je ne peux même pas aller à toi pour t'em-
braSSer. (Elle se lève et arec précaution lui donne plusieurs baiser»
sar le froot.) Comme j'ai abîmé ta vie!...
N'emploie pas de pareils mots, Laurent... Rien n'est abîmé en nous ou si peu... Pense à ta pauvra
Ui LES FLAMBEAUX
épaule blessée... qu'il faut guérir... que nous allons guérir tout doucement... à l'aise... loin des méchants. On vient de me raconter ce duel!... Tiens, j'aime mieux ne pas avoir su...
BOUGUET
Que tu es belle! Et quel chagrin j'aurais eu à te quitter!... Je ne suis pas en danger, mais laisse-moi te parler comme si je l'étais... laisse... pour le plaisir... pour le plaisir seulement... laisse-moi te dire comme on le ferait dans un testament, que ta bonté envers moi a passé toute expression... Tu as été un idéal et une influence. Peut-être, seule, n'aurais- tu pas fait ce que nous avons fait, c'est vrai, mais, nos découvertes, nos recherches, tout ce qui est spirituel dans la vie est devenu à tes côtés îaussi simple, aussi naturel que la lumière du jour!...
MADAME BOUGUET, laissant couler ses larmei.
Mon ami, mon époux.
BOUGUET
Je ne t'ai pas trompée, crois-moi. Il se peut que j'ai rêvé de plaisir quelquefois, car ma nature est brutale et grossière, mais, Jeanne, quelle lèvre méprisante j'ai posée sur ce qui n'était pas toi!
MADAME BOUGUET
Laisse bien ta tête sur l'oreiller... Je ne veux pas que tu bouges... Ne parle pas...
BOUGUET
Assieds- toi... Regardons- nous longtemps, longtemps. Repasse toute ta jeunesse, toute ta vie dans mee yeux. Je repasserai la mienne dans les tiens, (ii»
se fixent ainsi pendant un liés long temps, leurs yeux humides.)
Vois- tu, ma chérie, désormais, je n'aurai plus qu'une