‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 252 sur 263 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

BOUGUET

Qui sait?... Voici peut-être l'assignation!... Comme ce serait étrange alors que j e meure pour avoir une fois, une seule, accepté les préjugés, les conventions, et la plus bête de toutes... celle du sang qui répare la vie... tandis que Blondel a été emporté par l'instinct de la possession, le premier en date, celui qui vient du début du monde!... C'est drôle tout de même! Deux savants qui soufflent leurs chandelles et s'entretuent comme des ignares au nom des vieilles règles qu'ils sont chargés de faire évoluer!... Comique, vraiment!... Mon vieux maître Tardieu aurait souri, satisfait de cejLte ironie... Ah! justice, justice des idées,

(Avec un immense soupir) que tu CS donC difficile! EDWIGE, écroulée sur le pied de la chaise longue.

Je suis désespérée!... Je suis'désespérée!... Pardon, pardon, mon adoré, pour avoir défendu si stupidement mon triste amour... Pardon même de vous avoir aimé.

BOUGUET, lui imposant la main libre sur le front.

il ne faut pas demander pardon d'aimer... mais d'avoir exigé, toi aussi, des droits illusoires. !.. Allons, ne pleure pas... Il ne convient pas de pleurer... Adieu, ma pauvre petite, car tu es une pauvre petite. Bonne chance! Que la destinée te soit clémente!... Grandis et vieillis harmonieusement si^tu peux !... Je te le souhaite

de tout mon cœur, (une grimace de souffrance.) Quitte-

moi, maintenant, nos minutes sont révolues!

(Il laisse retomber la tête sur les coussins.) EDWIGE, épordûmenl.

Quoi?... Adieu, comme cela!... C'est vrai? Je ne puis pas rester plus longtemps à vos côtés?... Quel cauchemar! Cette entrevue de deux minutes, la dernière l... Et quelle entrevue!...

BOUGUET

Va- t'en!...

EDWIGE

Ah! c'est atroce!... surhumain!... M'arracher à vous ainsi comme au milieu d'une catastrophe et pour toujours, pour l'existence entière!... Oh! oh!... Alors, je ne vous reverrai plus jamais!... Est-ce possible, jamais plus?... Ce visage-là... ces yeux! ces mains!... tout ce qui a été mon amour!... Vous vivrez... mais pour moi ce sera tout comme si vous n'étiez plus! Oh! c'est trop dur à supporter, un moment pareil. J'en mourrai bien sûr!...

BOUGUET

Va-t'en, tu me fais terriblement mal...^

EDWIGE

Voilà, voilà!... Je m'en vais!... Adieu! Adieu!

(Elle retombe en sanglots contre la chaise longue, embrasse au hasard les mains, la couverture.)

[bouguet

Enfant navrée!... La vie n'a pas été non plus très juste pour toi... Efforce-toi de ne plus penser à moi, travaille... Tu verras, dans dix ans, je ne serai qu'un souvenir heureux!... Par pitié, laisse- moi... ma tâche est loin d'être terminée... (Sourdement.) Le plus dur est encore à faire!...

EDWIGE

C'est vrai; j'aurai trouvé encore moyen de vous martyriser par mon adieu éternel! Oh! mon ami! Quel déchirement!... mon doux maître! C'est fini, alors?... C'est fini?..-, dites, dites, dites?...

BOUGUET

Eh! oui... Edwige!... Et ce n'est même pas un

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