‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 256 sur 263 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

BOUGUET

Tu as bien entendu.

MADAME BOUGUET

Oh!

BOUGUET

Reste. J'exige impérieusement que tu sois là, cette fois!

MADAME BOUGUET, révoltée.

Jamais! Jamais!... Pas cela!... Je ne le pourrai pas... Lui, ici, devant moi, ton meurtrier!...

BOUGUET

Je l'exige, cependant!

MADAME BOUGUET, se tordant le» mains.

Non, pas cela, Laurent!... Tu ne sais pas à quoi tu t'exposes! Je ne sais pas moi-même de quoi je serai capable! Malgré ton repos nécessaire et ma tendresse vigilante, je ne répondrais pas de moi, je le jure!... Ne fais pas cela. Je sais bien que tu l'appelles pour le chasser, pour lui dire ton mépris et notre horreur... mais, par pitié... c'est toi que je veux épargner... Il va se passer quelque chose de hideux et tu en seras le témoin... Cela te fera mal... Pas maintenant! Plus tard, plus tard, Laurent... Tu avais bien le temps. Pourquoi le faire venir maintenant! Quelle folie te prend de te surmener l'âme et le corps au moment où tu as le plus besoin de repos!... Tu n'es pas en danger. Pourquoi faire ainsi maison nette, avec cette précipitation, comme si la mort était à nos trousses?... C'est dément, et dément à moi de t'obéir... Tu sais si je te respecte et si je m'incline toujours devant tes ordres, mais, cette fois, non, je me révolte. Je m'y oppose. Je vais fermer la porte.

(Elle se précipite h la portu.)

BOUGUET

Ta résistance est inutile. Vous vous mettriez à cent ( qu'on ne m'interdirait pas cette comparution!... Je suis d'ailleurs très maître de moi...

MADAME BOUGUET

C'est possible... Grâce au ciel, tu es pétri d'une autre argile que moi... mais, alors... chasse-le, en dehors de ma présence... sans exiger de moi que je demeure inerte, impassible, devant celui qui vient de tirer sur toi... de t' entrer cette balle dans la chair... Je t'en supplie, permets que je sorte... Je ne suis qu'une femme.

BOUGUET

Non! Tu es plus, bien plus qu'une femme!... J'ai confiance en toi!».. Tu vas rester, et tu seras sage, forte, bridée. Contiens- toi!... J'attends cet effort de ton cœur... Reste, ma Jeanne... et pas de fatigue inutile... Jusqu'à ce qu'il soit ici, recueille- toi. Recueillonsnous dans notre tendressse... Silence!...

MADAME BOUGUET, hésite, baisse les yeux, et, la voix résignée.

Alors, donne ta main!...

(Un long silence. Ils se tiennent la main, le» yeux grands ouverts devant eux. La porte s'entr'ouvre lentement.)

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