ACTE TROISIEME
MADAME BOUGUET, avec le cri de tout son être.
Ah! Je ne serais pas longue à te rejoindre, comme a fait Berthelot... mon pauvre ami!...
BOUGUET, s'animanl.
Quel crime! C'est toi qui parles? Et notre œuvre?... Engloutie, alors!... Toute une humanité attend... De nous dépend la guérison de milliers d'êtres. Nous tenons presque le sérum... Dans quelles mains, dans quelles vulgarisations tomberaient nos travaux?... Et l'Institut?... Ma chère maison... A deux doigts du but... sentir que tout peut s'effondrer derrière moi!...
(il s'ajîite.)
MADAME BOUGUET
Ne t'enfièvre pas ainsi pour rien!... Tes craintes sont insensées... puisque la blessure est insignifiante.
BLONDEL, intervenant et soldatesquement.
Je paierai de ma vie, Laurent, ce que j'ai fait, car je viens de me retrouver!... et tout entier, je te le promets!
(Bouguet le regarde avec émotion, avec une nouvelle conGance. On dirait qu'une mortelle inquiétude vient de se dissiper en lui.)
BOUGUET, souriant doucement.
Merci!... (Un temps. Il semble regarder au-dessus de lui, comme pour y puiser l'inspiration.) AlorS... alorS... VOilà le grand
moment venu!... Oui, le grand moment, le vôtre... celui que vous allez me donner, celui que j'attends de vous... et qui va apaiser mon âme inquiète... Après quoi je me livre aux médecins... (ils écouien», anxieux.) Si je mcurs...
MADAME BOUGUET
Laurent, assez, par pitié!
BOUGUET, avec force, imposant une volonté suprême.
Si je meurs, vous allez me jurer que vous respecterez ma volonté testamentaire... Elle est irréductible, et, devant elle, vous vous inclinerez dans une stricte obéissance... Elle est ma dernière et ma plus ardente pensée... la seule... (ii se frappe le front.) La voici... C'est que vous oubliiez l'un et l'autre le ressentiment, la colère, le passé, nos gestes misérables, nos impuissances, et que, réunis comme les plus étroits collaborateurs, vous continuiez l'œuvre côte à côte... ici, à l'Institut même, afin que vous parveniez ensemble au triomphe!...
MADAME BOUGUET, reculant d'effroi.
Avec toi jusqu'à la mort, Laurent!... Sans toi, jamais!
BOUGUET, impérieux.
En mon nom, Jeanne, au nom de notre travail, au nom du devoir... jure! Tu le dois.
MADAME BOUGUET
Et, toi, tu me brises... Je ne peux pas en entendre davantage!...
BOUGUET
Je n'aurai de repos que vous n'ayez fait le serment... (Suppliant et fiévreusement.) Délivre mou ccrveau... délivre... je t'en conjure!
BLOND EL, avec élan.
Bouguet, je comprends la beauté de ta pensée et de tO];i angoisse. Eh bien, en mon nom personnel, au moins, pour rassurer ta guérison proche et certaine, pour apaiser le tourment de voir a voiler ton œuvre, ton effort et ta maison, sois tranquille... je m'engage de la façon la plus solennelle à expier