PRÉFACE V
impérieuses, plus tragiques et plus courroucées autour de la magnifique et douce image de la Patrie!
Et c'est pendant que nous vivons plongés dans cette méditation frémissante et douloureuse que des esprits, apparemment bien légers et bien superficiels, des panbéotiens ingénus et affiliés, sans le vouloir, peut-être, au troupeau des trafiqueurs de guerre, réclament à cor et à cri un panégyriste de l'hécatombe, le chantre énamouré de la tuerie... La France régénérée par la guerre !... Nous connaissons l'antienne tendancieuse!.,. Non, il n'y aura pas l'Homère des tranchées... Ce seront d'autres poètes qui parleront et qui diront la Vérité, la grande Vérité, et proféreront d'autres paroles que de simples et vaines paroles de gloire. 11 n'est pas un homme digne de ce nom, il n'est pas même un chrétien digne de l'être qui ne doive exécrer la guerre. Il n'y a plus de guerre sainte! C'est l'esprit du mal qui, à l'arrière, à l'abri, la prône, la vante, la couve, s'en sert comme d'un bouclier une arme de protection politique, un mot de passe fulminant qui permettra à la troupe sans scrupules ou vergogneuse de prendre les devants, sous le déguisement du patriotisme, sous le masque défoncé de l'honnête homme — masque que d'un revers de main, peut-être, le peuple soufflettera, à l'heure où il pourra parler et agir.
Parlons de la défense du sol envahi, et de la hideuse nécessité de la guerre, mais défions-nous de ses panégyristes.
Je vénère les hautes et pures convictions, — je
VI PllÉFACE
m'incline respectueusement devant l'esprit religieux qui tire la loi de son Christ, mais je renie aussi bien ceux qui s'écrient comme l'archevêque de Bordeaux : « la guerre est un apôtre suscite de Dieu dans un but de régénération religieuse et sociale », que ceux qui, comme le proteslani Johannes Muller, écrivent : « Si Jésus vivait aujourd'hui au milieu de nous, il aurait sans hésiler, comme allemand, pris les armes tout brûlant d'amour pour sa patrie... » Quelle insulte à la couronne d'épines!... Quelle injure au patriotisme libéral et populaire!... Ils ne passeront pas! ni ceux-là ni les autres!... Ce n'est pas pour eux que de si grands yeux se sont clos. Ce n'est pas pour eux que les hommes de France ont donné leur vie et dit adieu à la lumière du jour... Pas de régénération ! Oh ! le blasphème ! Jamais mon pays n'avait été plus beau ni plus grand que lorsqu'à éclaté le cataclysme. Inutile de baver sur la France d'hier. Celle d'aujourd'hui ne s'est pas improvis'e, — -et elle vient de prouver surabondamment sahatiteur d'âme; ceux qui se livrent à des anticipations de ce genre sont pour la plupart des esprits au rancart, des réactionnaires à qui la guerre ne fait pas oublier leur visée. Il n'y a pas d'enfant prodigue, a dit quelqu'un; ne tuons pas le veau gras. Pas de régénération, non !... Mais une évolution, logique, rapide, irrésistible, après la guerre, voilà ce que l'on peut prophétiser — et sur toute la terre! La sainte Démocratie tout en sang, en haillons de misère et de gloire, celle-là qui reviendra des tran-