‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 4 sur 263 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

ehées, les entrailles dans les mains, comme le roi de la légende, se souvenant du crime allemand, celle-là ne permettra plus aux despotes d'aucun pays de leu r faire subir un fléau pareil, sans son propre consenlomen«. Par le sacrifice de leur sang, par la grand, nid'àme à laquelle ils ont atteint, par la preuve qu iis viennent de donner de leur valeur, les peuples ont ;icquis le droit définitif de disposer d'eux-mêmes. Ils se sont rachetés à jamais de l'esclavage. L'homme s'est sacré divin et libre... Il s'est réalisé, et ne se dépassera peut-être jamais!... Mais être le thuriféraire de cette buverie de sang!... Jamais! A d'autres le péan, l'ivresse sanglante sur les buttes de terre molle où dorment nos enfants et avec eux tous les germes merveilleux qu'ils eussent engendrés et dont la terre est à jamais sevrée !...

Celle guerre, en dépit de ses proportions gigantesques, n'est pour nous qu'une guei-re de défense, une gucire haïe de l'esprit, méprisée du cœur. Seul le sacrifice unanime de la nation à la cause aura rayonné d'une gloire impérissable, insurpassable! Mais l'appel aux armes nous a surpris en plein rêve humanitaire, en'plein idéal de progrès, à l'heure d'une riche maturité. Cet effondrement total de plus de cent ans d'efforts vers toutes les plus beiles espérances de fraternité et de justice humaines, est voué avant tout à fexécration des

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âges. Cette guerre est la plus terrible offense qui ait jamais été portée à la noblesse de vivre, à la dignité de penser. Nous traversons à coup sûr une des heures les plus ignominieuses de l'histoire. Si tout le monde n'ose pas le dire, chacun le sent en son cœur. Chaque soldat fait le sacrifice de sa vie non pour acquérir une liberté de plus, un idéal nouveau, mais pour conserver une liberté acquise depuis tant de temps qu'elle ne semblait plus devoir nous être à nouveau ravie; on combat en vue de maintenir l'idéal qui est, de tous, l'idéal le plus élémentaire : la préservation du patrimoine. Pour un peuple qui a brandi des torches plus radieuses dont la flamme illumina, même au prix de révolutions, les peuples de tous les continents, il est dur d'accorder, à une cause aussi primitive, le plus formidable sacrifice qui ait jamais été consenti!... Savoir que le progrès humain était enjeu dans cette terrible aventure, et que si la France ne sortait pas victorieuse du pugilat, toutes les chaînes naguère brisées viendraient d'elles-mêmes se souder et peut-être pour jamais aux poignets de l'homme esclave ; sentir que notre patrie, même exsangue, devra projeter plus grands encore ses rayons tutélaires sur les peuples sauvés par son abnégation, ces certitudes-là ne sont qu'une compensation à la douleur d'avoir vu couler tant de veines ouvertes, d'avoir précipité à la fosse un siècle d'espérances, un trésor d'énergies radieuses, — tandis que s'opérait, sous nos yeux, le saccage le plus éhonté de toutes les libertés spirituelles, de

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