‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 73 sur 263 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

tager ces sentiments-là, alors je me confie à vous. Je sais bien, vous allez me gronder encore, Ginette, et vous aurez raison; tout le monde n*a pas votre admirable force! Ne me grondez pas, tenez, et embrassez-moi.

(Elle lui tend In joue.)

GINETTE

Cécile, Cécile! ne vous laissez pas abattre... Ayez confiance! Je suis si sûre, moi, si certaine!

CÉCILE lui caresse amicalement les cheveux.

Et moi donc!... Nous nous comprenons bien maintenant, n'est-ce pas? Depuis six mois d'intimité complète à nous deux et surtout depuis ce dernier mois!... Dites, au fond de vous, m'avez-vous pardonné ce petit mouvement que j'ai eu naguère envers vous, m'avez-vous bien pardonné? Ce n'était pas, vous le comprenez, vous-même que j'accusais directement, mais l'imprudence de vos paroles! Comme discdt Pierre en riant, vous êtes née cornélienne... Mais enfin, dame, cet espèce d'appel aux armes perpétuel qui semblait votre marotte à cette époque!... Je sais bien qu'un esprit comme Pierre n'a pas pu être sérieusement intluencé par les opinions d'une enfant... Tout de même sur le moment, n'est-ce pas! J'avoue que je regrettais tant de paroles que nous avons prononcées imprudemment, sans nous douter de ce qui se passait dans son esprit à lui.

GINETTE

Car vous aussi, vous étiez très combative.

Ah! Dieu, je me le suis assez reproché! Si j'avais pu deviner! Mon tort, voyez- vous, ça n'a pas été quelques paroles imprudentes qui n'ont pas dû peser beaucoup sur sa décision, non, mon vrai tort a été un respect bu-

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main absurde, j'aurais dû l'empêcher de partir, j'aurais dû m' accrocher à lui.

GINETTE

C'eût été mal! Vous ne le deviez pas.

CÉCILE

Si, si, je le devais, ce sera le remords de toute ma viel

GINETTE, sursautant.

Est-ce que vraiment vous penseriez!...

CÉCILE

Non, non, non! Je ne pourrais pas supporter cette idée-là! non, je ne veux pas! Quand bien même j'entendrais toutes les horloges de la ville sonner en même temps, l'neure n'aura pas sonné, tant que je n'entendrai pas celle-ci... la mienne!

(Elle se croise énerg^iquoment les bras.) GINETTE

Ce soir, ou demain matin, et vous savez que mes pressentiments ne me trompent pas, j'ai la certitude que vous allez recevoir une lettre.

CÉCILE

Vous m'avee déjà dit vingt fois que vos pressentiments ne vous trompaient pas! Et puis, non, j'aime mieux ne plus attendre! J'aime mieux me faire à l'idée de ne rien recevoir jamais... Toutes les mères et toutes les femmes de France qui n'ont pas de nouvelles doivent éprouver ce sentiment jusqu'au retour définitif. Elles vivent dans une espèce de vie intermédiaire, oui... ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant là-bas... Il vaut mieux ne. pas savoir, il vaut mieux attendre toujours... Nous sommes maintenant comme les femmes

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