ACTE DEUXIEME
de ces marins dont on me parlait, les marins d'Islande; tous les jours elles attendent un peu plus un retour qui ne se fera peut-être jamais... alors elles arrivent ainsi insensiblement à la vieillesse en gardant l'espoir... et quand on leur apprend qu'ils sont morts, elles s'aperçoivent qu'elles le savaient depuis déjà longtemps!... (s'asseyant au piano.) Cliautons la chanson de la fidélité... l'épouse qui attend éternellement celui qui ne revient pas... Voulez-vous? La chanson de Solveig.
GERMAINE, entrant.
M. Duard.
GINETTE
Est-ce que?...
CÉCILE
Recevez-le, faites monter, je vous laisse.
GIÎ^ETTE
Vous ne le recevez pas?
CÉCILE, sonnant.
Gomme ce n'est pas pour moi qu'il vient d'abord!
GINETTE
Si vous pensez vraiment cela, je ne le recevrais plus moi-même.
CÉCILE
Je vous en prie. Je suis très heureuse de la sympathie que me témoigne à moi comme à vous M. Duard qui est un excellent homme, mais pour les mômes raisons qui m'ont empêchée dç recevoir tout à l'heure ma famille, je préfère le silence complet et le recueillement sur le sujet qui m'oppresse... Puisque vous êtes assez gentille pour me servir d'intermédiaire dans toutes ces occasions, faites-le encore une fois. Je ne dédaigne pas du tout l'amitié de ce charmant homme,
ilpeutm'être très utile... Même invitez-le à dîner pour un de ces soirs.
GINETTE
Et notre musique?
CÉCILE
Nous en ferons tout à l'heure, j'en profite pour descendre à la lingerie; j'ai commencé hier l'inventaire du linge. J'avais trop négligé la maison...
(Elle sort par la petite porte du fond. Entre iM. Duard.)