ACTE DEUXIÈME
pas comprendre. Depuis un mois je lutte... j'essaye de me calmer. Ah! si le malheur survenait! si c'était vrai!
DUARD
Ce ne sera pas! Mais quand bien même, celle à laquelle il faudrait porter secours dans ce cas, celle pour laquelle il serait nécessaire que vous ayez tout le courage voulu, c'est Madame Bellanger. C'est elle qui serait frappée la première.
GINETTE, instinctivement.
Pas plus que moi!
DUARD, la fixant arec étonnement.
Pas plus que...
(SileBoe.)
GINETTE
Ne vous méprenez pas sur le sens de mes paroles, M. Duard, je vous en supplie!... Excusez seulement mon trouble. Vous êtes notre ami, vous êtes mon ami, n'est-ce pas? J'ai si peu de personnes à qui me confier! j'ai toujours senti dans votre regard une loyauté qui m'a donné confiance!
DUARD
Comptez entièrement, mademoiselle, sur mon attachement et sur ma sincérité.
GINETTE, en proie à nne grande émotion.
J'ai des remords, des remords afTreux qui torturent ma conscience depuis le départ de mon cousin. Ma part de responsabilité est si grande!
DUARD
Je vous supplie d'avoir confiance en moi. Allez jusqu'au bout de la sincérité. Croyez- vous que je ne puisse deviner à demi...
GINETTE
Il y avait une vilenie dans l'air... Instinctivement j'ai voulu la détourner, la changer en beauté... J'étais sincère. J'ai fait comme les sœurs de charité, comme les prêtres, lorsqu'ils voient une âme en perdition. Leur prosélytisme s'acharne et lorsqu'ils gagnent cette âme à leur cause, alors ils s'enorgueiUissent de leur ouvrage, comme s'ils avaient fait une grande action!... Ah! les fous, les fous! Que m'importait à moi, je vous le demande un peu, de gagner cette âme à la patrie! comme si elle en avait encore besoin, la patrie!... En tous cas ce n'était pas à moi de parler!... J'étais l'hôte, la réfugiée... Hélas! qu'ai-je fait!
DUARD
Je veux vous aider, mademoiselle, vous secourir moralement...
GINETTE
Je n'ai pas conseillé^ mais j'ai inspiré ce départ!
DUARD
Eh bien! je ne vois pas le mal qu'il peut y avoir à inspirer une vertu de sacrifice et de courage que le plus humble ouvrier, le plus simple paysan de France porte en lui. De quoi pourriez-vous avoir honte? Ceux qui peuvent éprouver un remords, ce sont ceux qui ne sont pas capables d'escalader la cime. J'en sais peut-être quelque chose... 'Calmez-vous, je vous en prie. Je ne vous reconnais plus.
GINETTE
Oh! c'est que j'ai tellement changé!... J'avais dixneuf ans au commencement de la guerrre... Une année de plus et il me semble que j'en aicinquante!... Je vivais dans une espèce de vertige, comme sur une barricade,