ACTE DEUXIÈME
les yeux encore pleins des horreurs que j'avais vues... J'aurais voulu être homme pour partir et taper dur!... Ah! les belles heures d'enthousiasme!... Je ne savais rien de la vie! Je pleurais comme on chante...
DUARD
Eh bien, rien n'est changé!
GINETTE
Rien..., mais la fièvre s'est calmée depuis... Nous avons eu trop de loisirs... La conscience a eu le temps de naître... Des mois... des mois... d'hécatombes... de sang... cette guerre de siège qui n'en finit pas!... Dirais-] e encore : « Partez! » comme je l'ai dit dans un coup de tête, d'emballement... sans même me poser les questions... qui m'obsèdent chaque nuit maintenant!...
DUARD
Vous vivez trop repliée sur vous-même... Vous vous rongez toutes les deux. D'abord il n'y a aucun malheur, j'en ai le sentiment très net.
GINETTE
Dieu vous entende!
DUARD
Le pire est peut-être que M.'Bellanger soit prisonnier en Allemagne.
GINETTE
Oh! tout serait sauvé, je n'en demsinde pas plus.
DUARD
__ Et puis ma sœur a peut-être mal compris le nom. Ecoutez, pardonnez-moi de vous laisser dans cette anxiété morale, mais il est indispensable que j'aille à la recherche de ce personnage.
GINETTE
Oui, c'est vrai, allez vite, sachez de quoi il retourne. J'ai même été imprudente de vous retarder, pardon.
J'ai mon auto en bas. Je reviendrai dès que je saurai quelque chose; comptez sur moi, sur ma discrétion, sur mon respect. Vous, pendant ce temps et à tout hasard, au cas où..., détournez l'attention de Madame Bellanger.
GINETTE
A l'instant même, oui.
DUARD
Et ressaisissez-vous!
GINETTE
Oh! c'est déjà fait! Je m'en veux de cet instant de faiblesse; il est passé.
DUARD
Et dites-vous que d'une minute à l'autre vous aurez la preuve que toutes vos appréhensions étaient
vaines.
GINETTE
Oui. Il le faut. J'en suis sûre d'ailleurs et comme dit Cécile qui s'y entend en courage : « Quand bien même toutes les horloges de la ville sonneraient en même temps, si l'heure n'a pas sonné à cette pendule-ci, je n'ai rien entendu! »
DUARD
A tout à l'heure.
Il sort. Ginette se reprend un peu, en silence, puis elle va à la porte et appelle.)