ACTE DEUXIÈME
si je ne laissais pas à votre douleur tout son premier cours,.. Elle veut le recueillement..., la solitude.:.
CECILE, le front heurtant le bois du canapé, à l'idée que l'homme va s'éloigner, trouve la force de parler.
Tous les renseignements, vous les avez!
(Elle fait des gestes de mains suppliantes et retombe sur le canapé.) L ENVOYÉ s'approche de Ginette, à voix basse et rapide.
Mademoiselle. Je mets là sur cette table... mon adresse à l'un des hôtels de la ville : je n'en bougerai pas. Aussitôt que vous désirerez me voir.
CÉCILE, quia deviné, essaie de se maîtriser.
Restez, restez. Pas plus tard!... Pas de précautions pour une femme comme moi... (EUe se met debout.) Je suis chrétienne. Vous reviendrez, oui, monsieur, mais je veux savoir au moins comment il est mort. (Mais eiie étouffe et s'affole.) Pierre, mon ami, mon ami... Alors tu n'es plus! as-tu souffert?... Mon pauvre petit!... (eiib
sanglote.)
l'envoyé Vous voyez. C'est au-dessus de ses forces.
GINETTE, bas, s'appuyant à la table.
Oui, oui, monsieur, en effet... il vaudra mieux que vous reveniez tout à l'heure...
CÉCILE, il travers des spasmes et des hoquets.
Avant... au moins... je vous supplie... je veux savoir, je veux, j'aurai la force... je vous assure... je
me raidirai... (Elle se remet encore debout. Alors elle lance les deux mots fatidiques.) Quaud?... Où?...
(Un silence. Toute larme semble scchée subitement. On entendrait craquer le feu.)
l'envoyé
Votre mari, madame, est tombé en Champagne, près du village de Beaumont, en territoire occupé par l'ennemi. II est bien mort en héros, puisque c'est en service commandé le 23 du mois dernier. II a dû être chargé d'une reconnaissance extrêmement périlleuse. D'après mes renseignements, c'est lui-même qui aura réclamé cette mission qu'il a partagée avec un camarade, car ils sont partis à deux. Aucun n'est revenu.
* GINETTE, comme si elle recevait une secousse en pleine poitrine.
Il l'a réclamée? Vous êtes sûr qu'il l'a voulu? D'où tenez-vous ces renseignements qui ne nous sont pas parvenus et qui nous auraient été transmis par l'administration militaire?...
l'envoyé
Si bai'bare que soit un peuple, si cruelle que soit la guerre, les ennemis n'en rendent pas moins quelquefois hommage à ceux qui sont tombés face à eux dans quelque expédition aventureuse... Ils estiment que ceux-là ont le droit d'être honorés d'une tombe spéciale. Aussi à la funèbre nouvelle que je vous apporte, mesdames, se joint la petite... la grande, très grande consolation... que M. Bellanger est enterré par l'ennemi à côté du village de Beaumont avec une croix indicatrice. La fiche a été transmise à la Croix-Rouge de Genève par l'administration allemande. Et à la notice ont été joints, comme ils le font quelquefois en signe de respect, les objets appartenant à votre mari, sa plaque d'identité, ses breloques, et son portefeuille. Ils ont même poussé le respect jusqu'à remettre le gousset qui contenait de l'argent et une médaille. Je suis chargé de vous remettre ces précieuses reliques et c'est pourquoi je suis ici. Madame, il est des personnalités qui méritent et au-delà que ces reliques ne