‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 95 sur 263 · SCÈNE XI Les JlÉMEs, moins GINETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE XI Les JlÉMEs, moins GINETTE

Alors on voit cette chose : à peine l'image de Ginette s'est-elle effacée devant les yeux de Cécile, à la seconde même où clic a disparu, que celle-ci «e retourne vers les autres personnes, comme si elle les voyait pour la jjrcmière fois.

CÉCILE

Qu'est-ce que j'ai dit? Je ne m'en souviens plus!... Qu'est-ce que je viens de dire?... Est-ce que je n'ai pas dit : un lâche! Ne me croyez pas... J'ai menti! j'ai mienti... Il ne faut pas me croire... Je deviens folle!

{Elle essaye de se maîtriser, de se ressaisir.)

MADAME DE SAIN'T-ARROMAN

Mais ma pauvre Cécile, naturellement c'est votre •douleur qui vous emporte!

DUARD, s'avançant.

Madame...

CÉCILE

Ah! ne marchez pas là-dessus! Donnez ça, donnez...

^KIlc monti'« la lettre froissée qu'elle avait jetée à terre tout à l'heure; Al. Duard la ramasse et la lui tend. Elle s'en saisit et pleure doucement.)

Non, non, ce n'était pas un lâche! Ce n'était pas non plus un héros... C'était un homme tour à tour faible «t fort comme tous les hommes. Il ne nous a pas trahis... !I nous avait quittées... Il m'avait quittée simplement.

le pauvre, pour suivre la voix de la jeunesse qui l'appelait là-bas... Il a subi le mirage entraînant... C'était trop haut pour toi, Pierre... C'était trop loin pour toi, Pierre... voilà tout... Tu devais tomber fatalement!... Oh! si tu étais resté près de mon petit cœur!... Tu vois maintenant, Pierre, comme la jeunesse est cruelle!

(Elle faiblit, Mme de Saint-Arroman la soutient.) DUARD, gravement.

Il n'y a pas à pardonner aux héros, madame!

CÉCILE, leTant vers lui simplement sa pauvre lête ravsfét.

Mais s'il n'avait pas été qu'un pauvre homme, monsieur, je ne lui aurais pas pardonné!... (sa main laisse

tomber à nouveau la lettre froissée dans un mouvement de faiblesse, on veut la lui remettre en mains.) Ce u'est rieu...^ Ce u'est rien...

C'est un papier qui n'a aucune espèce d'importance!

(Elle considère la lettre dans ses mains. Une hésitation sur ce qa'elle doit en faire. Puis, elle regarde le feu... Ensuite elle se dirig'e, ou plutôt se traîne vers la cheminée. Elle dépose sur le charbon brûlant, presque respectaeusement, le papier qui se met à flamber et à se consumer. On devine à sou attitude, prf^sque de prière, que c'est une sorte d'ineinéivition, de purification... Se* mains jointes ont pourtant un mouvement en avant comme pour arrtitcr l'engloutissement de la lettre suprême. Elle la regarde douloureusement brûler en pleurant, pendant que tous les êtres groupés autour d'elle respectent son sanglot, lent, régulier, qui remplit la chambre.)

Tu vois, tu vois ce que c'est... Je ne t'aurais pas fait de mal, moil... Mais c'est bon... c'est bon... Je respecterai ta pensée. Ce sera comme tu l'auras voulu, Pierre... comme tu l'auras voulu... Et puis...

(Fixe, elle regarde toujours le feu et continue à marmonner sans plus voir personne, presque à cropetons, sur la dalle de la cheminée qui réclaire, déjà dans l'altitude qui lui sera bientôt familière, darant l'hiver, a\t fond de la maison vide.)

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