EPILOGUE
Quelques amis bienveillants, auxquels nous avons communiqué les manuscrits de don Henrique avant de les publier, ont bien voulu s'informer, — pour nous qui n'avons pas eu le temps de le faire, — du sort des dilTérents personnages de celte histoire. Nous transcrivons ici les renseignements qui nous sont parvenus, grâce à leurs recherches.
Le capitaine consentit à retarder d'un jour le départ de la Caroline, et le lendemain, dans la soirée, madame Cerny fut inhumée dans le cimeliére du Para. Il y a vingt ans de ce jour; sa tombe s'y trouve encore, sarclée, diton, par la main pieuse de son amant.
La nuit suivante, Paul (qui a repris son nom) partit avec Henriette pour Siaranbao» où il épousa la jeune iillei
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Le bonheur est oublieux par essence. Les deux jeunes gens s'aimaient trop, pour ne pas vivre d'amour plulôl que de douleur, jiis ont oublié vite : aujourd'hui ils vivent en France, heureux — peut-être, — quoiijue — ou parce que — sans enfanis. M «dame, très-éléganle, quête souvent à la Madeleine. Monsieur est coupon d'agent dp change : nous ignorons ses associés.
Les soixante Allemands de la Mercê, sans chef| presque sans munitions, défendus par des murailles trouées, sur lesquelles on voit encore leg traces des balles, ont résisté pendant trente heures à lous les cabanes conjurés.
Après ce temps, les révoltés leur ont proposé des conditions honorables, pour quitter la ville avec armes et bagages; les Allemands n'ayant nulle raison de combattre encore, n'étant même p^s commandés, ont acxepté et sont partis, respectés de tous, même de leurs sauvages ennemis. L'Allemagne est une grande nation, pensante et brave ; ceux de ses enfants que la détresse a poussés sous un ciel étranger, savent y garder les vertus de leur race.
Les cabanes sont restés maîtres absolus de la ville ; pendant quelques jours ils ont commis tout ce qu'ils ont pu commettre d'excès, et Bélem a subi toutes les phases des villes prises d'assaut. Cependant, le consulat d'Angleterre, les navires de la rade et les propriétés deg étrangers ont été respectés. Puis, toutes ces bandes désœuvrées de baqdits ou d'hommes égarés, ont disparu peu à peu, fanées par le temps et la lassitude. Au boMt de cinq mois, des autorités régulières, envoyées par le gouvernement de Rio-Janeiro, ont très-pacifiquement pris possession de la ville abandonnée par ses sauvages conquérants. Des bulletins pompeux de victoire, de3 journaux, des célébrations anniversaires de triomphe, constatent cette date célèbre.
Quant aux renseignements avec lesquels nous avon$ pu compléler les manuscrils de don Henrique, ils nous ont tous été fournis par Yx^n des principaux chefs du caba- . nage.
MM. Gavilan, Goudron, Sharp, le mousse^ le fazender et sa femme^ sont partis pour la terre d'où nul n'pst jamais revenu.
M.ilcontent a pris ses invalides, et s'est retiré sur l'Ile de Bréa, sa patrie. Chaque matin on peut le voir ^sis philosophiquement sur un banc de bois, deyant sa porte, fumant ou chiquant selon Theure, toujours raillant les passants.
Madame Milliner a épousé son major, qui la nuit mfp^e de la révolution, était reparti avec elle pour Marajo. Pevenue veuve ?iu bout de deux ans, elle s'est remariée en secondes noc^s h M. Vulgar. Ledit cornmis est revenu en France emplumé de la fortune de sa femme : par suile il est devenu électeur^ éligible, gros et gras, député, votant bien, décoré, parlant peu^ pensant moins.
M. le vicomte de Çinnanion ayant perdu n^onsieur spp père, ex-marchand de denrées coloniales à Paris, a pris le titre de comte, avec des armes de sa façon, dans lesquelles les méchants prétendent reconnaître un bâton de cannelle : l'antique Illustration de sa race l'ayapt rendu boudeur contre tout gouvernement, qui n'est pas celui de messieurs ses aïeux, il regarde passer les événements politiques du haut des éctis de monsieur son père.
JM. Bleeder, aprè§ ^^voir saigné, soigné, tué autant de monde, que s'il avû.« ^fjs diplôme à cet effet, est devenu docteur par P^es^J 'ntii <ïécoré de plusieurs ordres, inembre de fflâi/j. ip^ rjéJûies étrangères et sociétés savantes. ^^ ^^^
On nous a assuré, nous ne le croyons pas, que le consul d'Angleterre et sa femme étaient toujours à Béiem. Puisse le gouvernement de Sa Majesté Britannique leur donner meilleure et plus agréable résidence!
Sur les trois jeunes Brésiliens du navire, Tun est ingénieur à Bélem, et s'occupe spécialement de conserver des oranges dans du sable. Nous ignorons le sort des deux autres.
M. Alfandega, étant resté douanier en chef du Para pendant quelques années, a tant gagné d'argent, qu'il est devenu sénateur et ministre. Lasenhora Mariquinha partage ses honneurs, et les deux époux vivent dans une indifférence réciproque et parfaite.
Le curé de la ville de la B... vit toujours, et deux voyageurs que nous connaissons l'ont rencontré, il y a juste deux ans, sur le fleuve des Amazones. C'est là aussi que ces mômes voyageurs ont retrouvé Son Excellence le commandant des armes échappé à la révolution : un monsieur qui, sans droit, sans motif plausible, s*est permis, vrai Dieu ! d'ordonner un jour l'arrestation de l'un de ces voyageurs (lequel, pour toute réponse, a prié Son Excellence d'aller promener ailleurs ses vaincs menaces).
L'un des deux missionnaires a récemment été rencontré à Bélem, où il est revenu après avoir catéchisé des tribus entières. Le Français qui nous a dit l'axoir trouvé dans cette ville, garde de sa rencontre le plus précieux souvenir.
M. Merry est revenu en France. Il est membre d'un cercle, ei chacun peut le voir, à Paris, passer de quatre à cinq heures sur le boulevard des Italiens. Il se porte comme à vingt ans. Il a toujours son esprit et sa verve marseillaise : conte toujours des bistoii es d'un autre monde
et d'un autre siècle, et fait ainsi la joie de ses amis, qui récoutent et4ésirent récouter toujours.
Nous n'avons aucune nouvelle du brick anglais, mais nous espérons que ses officiers gardent à Hontfort le souvenir amical, qu*il n'a pas cessé de leur garder.
Antonio et sa famille ont quitté Bélem : nous les retrouverons au désert.
Quant à Montfort : fidèle à sa parole, il est resté dans l'Amérique du Sud. Ce qu'il a souffert, Dieu et lui le savent seuls. Après des mois d'atonie désespérée^ il s'est enfoncé dans le désert en emportant sa douleur sauvage. Les âmes fortes et fières, qui souffrent, veulent souffrir sans témoins. Les récits qui précèdent viennent de le montrer aux prises avec la civilisation brésilienne du bas Amazone; les récits ni érieurs lesuivront: dans le Centre- Amérique, dans ce monde inconnu, poétique et solitaire, peuplé d'Indiens et de monstres tirouches : puis enfin dans le Pérou, sur celte terre d'amour où les femmes sont bonnes et belles comme des anges, où tout est hospitalier et doux, le climat, la langue et la race humaine.