‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 102 sur 139 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

dont nous devons à la duchesse une brève relation écrite beaucoup plus tard, d'après des notes formant la suite de celles qu'on vient de lire et qu'elle n'a pas cru devoir conserver.

«Arrivée à Douvres, on crut que je ne pourrais pas aller plus loin. Mais, la volonté m'en donna la force. La traversée fut affreuse. On avait mis ma voiture sur le pont ; mais, on l'avait mal attachée, ce qui donnait un double mouvement et au(jmentait mes souffrances. Je n'avais pas le mal de mer, mais des convulsions. Le docteur Bertin, qui était près de moi, fut obligé de me laisser. Le capitaine, un vieux commodore de corsaire, vint le remplacer, mais ne j)ut rester non [)Ims. Enfin, je fus livrée à un simple marin qui devait seulement me relever si je tombais et m'empocher de me tuer. Débarquée à Calais, je fus plus malade encore. La volonté, qui m'avait donné la force de supporter le voyage, semblait m avoir abandonnée, une fois le but atteint. Avant touché la terre de France, nous fûmes obligés de nous arrêter plusieurs jours et de ne revenir à Paris qu'à petites journées. »

Cette traversée laborieuse eut lieu le 3 mars. Le 7 seulement, l'état de la malade permit à Decazes de reprendre la route de Paris. Quelques instants avant de monter en voiture, il écrivit au roi pour lui annoncer son retour.

« Ne trouverai-je pas à mon arrivée, comme l'an dernier, demandait-il, un mot de bonté et

les ordres d un père? » Il faisait ensuite allusion à la lettre du 14 février et aux trois qui l'avaient suivie et si durement confirmée : » Le 14 est venu quatre fois briser mon cœur. Si mon père avait consulté le sien, il se serait convaincu qu'une fois aurait suffi pour que je le comprisse et pour que je fusse aussi malheureux que je pouvais l'être, non pas seulement en raison de ses suites ou de ses conséquences, mais en raison de ses causes. »

Quellesémotions etquels souvenirs ranimèrent, dans l'âme du vieux roi, des reproches dont la forme respectueuse atténuait à peine la vivacité? S'attendrit-il au moment de revoir l'homme qu'il avait tant aimé, qu'il aimait sans doute encore, mais dont une autre influence essayait déjà de le détacher? En pensant qu il allait le retrouver malheureux, dépossédé du prestige du pouvoir, dépouillé du radieux éclat dont le parait naguère la faveur royale et victime de la haine des ultras, se reprocha-t-il sa dureté? Il est logique de le supposer à s en rapporter au premier paragraphe de la réponse qu'il fit déposer, le 1 0 mars, à l'hôtel de Soyecourt, où le duc et la duchesse Decazes étaient attendus.

Il Oui, mon cher fils, oui, tu trouveras un mot de moi à ton débotté ; je crois que tu n arriveras que lundi. Cependant, comme je ne suis pas absoment sur que ce ne sera pas demain, et que demain, je suis à peu près sur de n'avoir pas un

Page 1