CHAPITRE XI
que la souffrance rend indifférent, car je n'ai pas été très affligée en leur disant adieu. Berlin était allé trouver Dubois à Calais. Ils ont décidé qu'épuisée en ce moment par cinq saignées et des remèdes violents, je ne pouvais me mettre en route. J'ai écrit au roi pour lui rappeler ses anciennes bontés et je lui demande de me permettre d'aller mourir en France (I). S'il savait ce que je souffre, il ne me refuserait pas. Mon père lui portera lui-même ma lettre. Mon mari ne sait pas cette démarche. Ma lettre est un peu sèche. Elle ne pouvait être autre. Il y a un an, je lui demandais le rappel d'un exilé et je l'obtenais. Aujourd'hui, je lui demande d'aller mourir au milieu des miens et il nie le refuserait! l'apa dit que ma lettre est bien. Nous verrons ei le roi me répondra. »
Au milieu de ses souffrances, la petite duchesse n'oublie pas ceux qui lui donnent des soins, u Holland me soigne avec une bonté parfaite. Il passe des heures à me consoler quand je souffre trop et que je me mets à pleurer. Berlin vient aussi tous les jours pour me panser et me témoigner un égal dévouement. Si je vis, je n'oublierai pas les soins qu'ils m'ont donnés. En général, on a été très bien pour moi dans ce pays. »
(1^ On sait qu'à cette date, Decazes avait obtenu déjà son congé, mais en des circonstances et dans des conditions telles qu'il s'était dispensé d'en parler à sa femme pour n'avoir pas à lui montrer les lettres du roi, qu on a lues plus liaut.
Le roi ne répondit pas de sa main à la lettre de la duchesse Decazes, mais il lui en fit écrire une « très sèche » , par laquelle il la prévenait qu'un congé avait été accordé à son mari, et qu'en conséquence, elle pourrait partir dès que les médecins le lui permettraient. En même temps qu arrivait cette réponse indirecte, la température s'adoucissait sensiblement et l'autorisation de se mettre en route fut donnée.
« Dieu soit béni! s'écrie la duchesse. Bertin m'accompagnera dans ma voiture et jusqu'à Calais où Dubois viendra me chercher. J'ai dit adieu au docteur HoUand. J'ai reçu de nombreuses lettres de regrets. Ce qui me parait singulier, c'est l'espèce de phrase qu'on me fait toujours sur ma santé. On ferait bien de ne m'en pas parler. Elisabeth (?) est venue m'embrasser. Elle a beaucoup pleuré et moi aussi. Je ne sais pourquoi je lui inspire de la pitié, car je n'ai pas peur de la mort. J ai peur seulement de ce que je vais souffrir pendant la route. J'ai deux vésicatoires, un sur la poitrine, un dans le dos, et les jambes ouvertes, de telle sorte que je ne puis me tenir debout sans qu'elles saignent horriblement. Je ne verrai pas Thérèse. Ses enfants ont la fièvre scarlatine. Mon vieux Comte est venu prendre congé de moi. Il m'a apporté un camée de lui qui est son portrait. Mon Dieu ! qu'il est laid ! C'est égal. il me rappellera ses bons soins. »
Jamais plus épouvantable voyage que celui