‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 109 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

police consulaire était avertie que l'ancien constituant Omer Talon, rayé depuis quelques années de la liste des émigrés, prenait la part la plus active aux intrigues nouées par les royalistes contre la République. Son passé ne justifiait que trop cette accusation. Jadis procureur au Chàtelet et mêlé, à ce titre, à la fameuse affaire du marquis deFavras; compromis ensuite pour s'être entremis à Tcffct de ra[)prochcr Mirabeau de la cour, il était parti de France en 1792 et n'y était revenu, sous le Directoire, qu'après un long séjour à l'éiranger. Sa conduite le rendait donc suspect, et le ministre de la Police, saisi d une dénonciation, n'hésita pas à lancer contre lui un mandat d'arrêt.

L'exécution en fut confiée au magistrat de sûreté Fardel et, vu la qualité de l'inculpé, au colonel de gendarmerie Savary. Arraché à sa femme et à sa fille, qui plaidèrent en vain sa cause. Talon fut envoyé au Temple. Il y passa deux ans. En 1803, seulement, sa rigoureuse captivité prenait fin. On y substituait un internement sur parole dans l'ile Sainte-Marguerite. On lit dans un rapport du 0 ventôse de l'an XII : « Il vivifie cette île depuis qu'il y est. Il a fait faire de superbes allées... un vrai bois de Boulogne d'avant 1789. M Ce n'est qu'en 1807 qu'il fut définitivement libéré.

Deux circonstances semblent avoir surtout contribué à ce résultat : les incessantes démarches

de Mlle Zoé Talon, fille de l'interné, et la bienveillance toute particulière que témoig^na Savary à cette belle et spirituelle personne, dont les vingt ans donnaient tant de prix à ses supplications et à ses larmes. Cette bienveillance fut-elle récompensée sur-le-champ ou Savary dut-il s'en tenir alors aux espérances que peut faire concevoir à un homme jeune et amoureux, l'ardente gratitude qu'il a su inspirer, par des procédés généreux et délicats, à une femme sensible? Toutes les suppositions sont permises. Mais, le fait positif, c'est que, quelques années plus tard, en 1812, existait entre Zoé Talon, devenue, par son mariage, comtesse du Cayla, et le général Savary, duc de Rovig^o, ministre de la Police, un lien intime et secret, que dévoila tout à coup le plus vulgaire incident.

A la fin d'un bal donné par Savary, ce haut personnage aurait été surpris dans un salon écarté de son hôtel, tenant assise sur ses genoux sa belle maîtresse et on l'aurait entendu lui demander de l'accent le plus tendre :

— Es-tu contente, chère Zoé?

Ce piquant épisode mondain se complète par l'intervention inattendue de la duchesse de Rovigo. Nous savons, par les révélations du grave chancelier Pasquier, qu'elle était alors en liaison réglée avec le général Horace Sébastiani et que cette circonstance lui avait valu de la part de son mari, peu de jours avant, les plus grossiers

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