‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 110 sur 139 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

reproches. Ne rêvant que représailles et prévenue de ce qui se passait entre lui et Mme du Cayla, elle se serait armée aussitôt d'une carafe d'eau et s'approchant traîtreusement des deux amants, en aurait vidé sur eux le contenu.

Cette histoire, dont il ne semble pas que l'exactitude puisse être contestée, ne laisserait pas de faire comprendre pourquoi, en 1817, la suggestive personne dont nous essayons de reconstituer la physionomie, vivait en très mauvaise intelligence avec son mari, alors même que nous ne saurions pas, d'autre part, que le comte Achille du Cayla, par son caractère capricieux et emporté, ses goûts de dépense, sa vie désordonnée, avait créé entre sa femme et lui une invincible incompatibilité d'humeur. A cette date, les époux étaient séparés de fait et le règlement de toutes les questions soulevées par cette séparation restait pendant, la femme essayant de défendre ses enfants et sa fortune contre son conjoint et celuici cherchant à s'en emparer.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'affaire, c'est que la comtesse douairière du Cayla, mère^ de l'époux, s'était mise du parti de sa belle-fille. Ancienne dame d'honneur de la comtesse de Provence, attachée par son mari à la maison de Condé, elle avait tous les droits, pour elle et pour les siens, à la protection de Louis XVIII. Elle n'hésita pas à y recourir. Sa Majesté répondit à sa requête en accordant une audience à la belle

Zoé et en chargeant Decazes, son ministre, de tâcher de régler au mieux le différend qui s'était élevé entre les deux époux.

Sur cette intervention du ministre, qui s'exerça de 1817 à 1819, les apologistes de Mme du Cavia ont gardé le silence. Elle crée, en effet, un souvenir gênant pour sa mémoire et fait d'elle un véritable monstre d'ingratitude, lorsque, après la chute de Decazes, appelée elle-même à le remplacer dans la faveur du roi, elle déploya, dans le but de plaire au parti des ultras, qui l'avait mise à ce poste, les efforts les plus ardents pour effacer dans le cœur de son royal protecteur, le souvenir du ministre tombé. Sosthéne de la Rochefoucauld, qui fut son ami le plus tendre et le plus passionnément dévoué, se garde bien, dans ses mémoires où il parle d'elle avec un vibrant enthousiasme, de toute allusion aux services qu'elle demanda à Decazes. Nous les ignorerions si elle n'en avait laissé dans les mains de celui-ci un éclatant témoignage, — je veux dire sa correspondance .

En 1817, voulant remercier le roi pour l'accueil qu'elle a reçu de lui et s'assurer qu'il connaîtra ces remerciements, c'est à Decazes qu'elle recourt pour les lui faire parvenir : « Vous avez permis, monsieur le comte, que j'eusse l'honneur de vous adresser cette lettre, dépositaire de ma profonde reconnaissance. Veuillez bien apprécier celle que m'inspire l'intérêt que vous

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