‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 13 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

rect pour moi. J'en profiterai, bien que notre correspondance ne puisse avoir rien de fâcheux pour le duc de Richelieu. Mais, comme je sais que du duc de Richelieu le portefeuille va à Monsieur, puis sans doute à Siméon (ministre de l'intérieur;, il est inutile que nous passions sous tous ces feux croisés. Je m'arrange en conséquence pour {|uc les lettres m arrivent par des voies sûres. Je crois qu'il sera bien que la voie de / Mézy ne soit pas entièrement abandonnée, et je crois qu'il serait bon que mon père (le roi) en fit autant. «

Après avoir lu ces détails, on pensera avec raison que la lettre suivante de Louis XVIII à son favori, dont nous ne donnerons qu un extrait, ne fut j)as expédiée par la poste :

" Enfin donc, mon cher, mon bien-aimé fils, je puis te donner ce doux nom. Je puis te dire que je t'aime de tout mon cœur. Les occasions en sont si rares, les circonlocutions qu'il faut prendre habituellement sont si fatijifantes! . .. Je me porte bien. L'horrible douleur de notre séparation s'est un peu amortie. Je m'y attendais et toi aussi, et le sentiment qui nous attache l'un à l'autre est trop vrai, pour que je fasse à tes yeux le héros d'amitié. Mais, pour être amortie, c'està-dire pour ne plus éprouver une souffrance physique, pour ne plus faire à chaque instant couler mes pleurs, elle n'est ni moins vraie ni moins sentie. Tout m'y ramène; tout te peint à mes

yeux; ils se portent à chaque moment sur ton image (1) . "

Trop longue pour être citée tout entière, cette lettre est triste comme une élégie. En termes de désolation, le roi y déplore 1 absence de son fils, et après lui avoir parlé en accents non moins chaleureux de la jeune duchesse, il s'écrie dans un accès d'ardente sentimentalité : « Adieu encore une fois, mon Élie, mon bon fils. Je vous prends tous deux dans mes bras; je vous presse contre mon cœur, et je vous embrasse de toute la tendresse de votre Louis. »

De telles lettres apaisaient le ressentiment de

(1) « ... Ce gouverain se plait à faire remarquer sa prérlilection pour le duc Decazes, et pour s en faire une idée parfaite, il suffit de savoir que n"ayant dans son cabinet d'autre place pour suspendre le portrait de son favori que celle oij était le tableau de François I", il a fait enlever ce dernier et remplacer par celui qu'il tenait à avoir constamment sous les yeux. Le roi. non content de ces marques particulières d'une faveur inaltérable pour l'ex-président du Conseil, aime à la montrer publiquement encore, en demandant à l'occasion des grandes cours des dimanches, des nouvelles de sa santé à son beau-père: il doit même lui avoir dit dimanche dernier : « J'espère que Mme la duchesse Decazes se porte bien ; si vous écrivez au duc votre gendre, dites-lui qu'il avait l'air de m'oublier. puisque je n'avais pas eu de ses nouvelles directes depuis quelque temps. » C'était le lendemain de la séance du 6, que ces paroles, à ce qu'on m'a assuré de bonne part, ont été adressées au comte de Sainte-Aulaire, et ce député est du nombre de ceux qui se sont fait inscrire, dans cette séance, pour parler contre le projet de loi du gouvernement. Il dit au surplus, à qui veut l'entendre, qu'il n'aurait point pris ce parti, s'il l'avait jugé contraire à l'intérêt de son gendre de conserver la bienveillance de Sa Majesté Très Chrétienne. » (Le comte de Goitz au roi de Prusse, 13 mai 1820.)

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