CHAPITRE II
d'un nouveau courrier. Mais, dans l'état où sont les choses, je ne puis raisonnablement espérer qu'il apporte rien de bon. Ainsi, je me trouve dans le tourment d'ignorer, qui mérite bien d'être compté pour quelque chose, surmonté de la crainte d'apprendre. "
Ceci dit, d'ailleurs, il revient aux réflexions que lui sug^gèrent certains faits intéressant Dccazes, réflexions qui souvent, à vrai dire, sont, sous des façons affectueuses, des critiques et des avertissements. C'est ainsi qu il faut interpréter celles qu'il lui présente à la suite d'un voyajje que le comte de Saintc-Aulaire et le comte d'Arjjoult •ont fait à la Grave :
" Je conçois très bien le motif pécuniaire qui les a portés à voyag^er ensemble ; mais, je me permets de ne pas le trouver suffisant. Je ne parle pas des bàtises que cette réunion a fait dire, du nom de mission dont on l'a revêtue. De notre vivant, nous nous moquions des caquets. Quanto magis posi necem ! Mais leur position à tous deux «st différente (1). Le sort de la loi sur les journaux n'est pas douteux; il n'importe guère que la majorité soit de dix-neuf ou de dix-huit; la bataille sur les élections ne commencera pas d'ici trois semaines. Ainsi, M. de Sainte-Aulaire avait par devant lui tout le temps nécessaire. Il n'en «st pas de même pour M. d'Argoult; non que j'aie
(1) Sainte-Aulaire était ck'putc et d'Argoult pair do France.
la moindre inquiétude sur la loi de la liberté individuelle, mais celle des journaux a passé à une si belle majorité qu'il serait fâcheux que l'autre n'en eût pas au moins une pareille. Je suis chiche de voix. De plus, après ce qui s est passé entre Fitz-James et d'Argoult (1), je suis fâché que celui-ci ait, comme on dit, l'air de fouiner. Enfin, dans votre intérêt qui est pour moi la première des considérations, j'ai quelque regret qu'ils Goient venus et s'en retournent ensemble. » Tout ce verbiage ne saurait être considéré que comme une mauvaise chicane, si l'on ne se rappelait de quels soupçons Decazes était l'objet de la part de l'ultra-royalisme et quelle terreur ils inspiraient à Richelieu, qui semble les avoir partagés dans une certaine mesure. Il croyait, bien à tort d'ailleurs, son ancien collègue dévoré du désir de reprendre le pouvoir et la réalisation de ce désir, souhaitée par le roi. Il s'effrayait de tout ce qui semblait donner raison à ses craintes. Il s'en effrayait d'autant plus que chacun de ces incidents avait pour effet d'exciter la fureur des ultras et lui valait à lui-même leurs récriminations et leurs reproches. Il en entretenait alors Louis XVIIl, s'efforçant d obtenir de lui qu'il ne tolérât pas que son favori eût l'air de se prêter aux manifestations de ses amis, dont sa disgrâce
(i) ].e duc tic Fitz-.J aines ayant violcinuicnt attaqué Decazes à la Chambre des pairs, d'Argoult s'était mis en avant pour répondre.