‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 17 sur 139 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

était le prétexte et son retour aux affaires le but. La visite que le comte de Sainte-Aulaire venait de faire à son gendre, s'il la lui eût faite seul, eût passé sans doute inaperçue. Mais, en s'adjoignant, dans la personne du comte d'Argoult, un compagnon de voyage, il en]avait changé le caractère. Ce n'était plus une visite de famille et d'amitié , mais une démarche politique dont Richelieu avait signalé au roi les^inconvénients, et le roi à son tour, bien à contre-cœur, les signalait à Decazes. Il convenait d'insister sur ce trait pour faire comprendre en quelle situation délicate et difficile se trouvait Decazes après sa chute. Il est d'ailleurs remarquable qu'après avoir donné libre cours à ces remontrances, le roi s'efforçait d'en réparer l'effet.

Dans la même lettre, on lit :

Il J'ai recommencé avant-hier mes lundis, il y a eu, le soir, soixante et quinze dames dans la salle du trône, ce qui n'a pas laissé que de me fatiguer un peu. Mais, au bout d'un quart d'heure que j'ai été assis, il n'y a plus paru. Cent quatrevingt-treize dans l'autre salle; total : deux cent soixante-huit. Le compte est beau. Mais, cher duc, vous m'en croirez quand je vous dirai qu'il ne m'a pas satisfait. J'ai soupiré tout bas, mais du fond du cœur, de n'en pas compter soixante et seize d'abord et cent quatre-vingt-quatorze ensuite. La bonne Mme du Roure est venue. Je lui ai parlé de la petite, de mon fils, du bon ange.

de mon petit Louis. Cela ma fait du bien. Mais qu'il y a loin de celte illusion à la réalité ! "

Ainsi la tendresse du roi ne se refroidit pas. Mais, si loin qu'elle l'entraîne, elle ne l'empêche pas de faire un départ rigoureux entre ce qu'elle lui commande et ce que lui commandent aussi ses devoirs de souverain. Sincère avec ses ministres comme avec son ami, il ne veut rien faire au profit de celui-ci qui puisse leur porter ombrage, et s'il continue à prodiguer à l'un son affection , il a grand soin de ne s'entretenir qu'avec les autres de ce qui a trait à la marche des affaires de l'État. Seuls, ils sont ses conseillers ; seuls, ils sont en possession de sa confiance. Il ne veut pas qu'on puisse l'accuser de chercher en dehors d'eux ses inspirations et ses raisons d'agir ni d'opposer à la légitime influence qu'ils doivent naturellement exercer, celle d'un favori. Cette préoccupation apparaît dans la plupart de ses lettres. Ce qu'il veut avant tout éviter, c'est que le ministre d'hier crée des difficultés à ceux d'aujourd'hui.

Decazes eût donc été tenu complètement en dehors des affaires si, d'une part, les amis qu il avait laissés à Paris ne lui en eussent parlé tous les jours et si, d'autre part, l'amitié de Pasquier ne s'était appliquée à 1 entretenir de ce qui se faisait et se disait. De Pasquier, il apprit au commencement d avril que ce n'était plus par les ultra-royalistes, à qui on avait fait concessions

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