‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 27 sur 139 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

volonté de Louis XVIII qui, d'accord avec lui, a fixé cette date.

Pendant ce temps, Decazes est l'objet de sollicitations pressantes. On le supplie de se mettre à la tête de 1 opposition libérale. En renonçant à quitter Paris, en y restant et en exerçant sa fonction de pair de France, il peut redevenir tout-puissant. L'occasion est unique pour lui. S il la laisse échapper, elle ne se représentera pas. Déserter en un tel moment, c'est se condamner à ne revenir jamais aux affaires, car la santé du roi ne permet pas d'espérer qu il vivra lon^jtemps encore, et, après lui, il n'y aura plus de chances pour une politique modérée si, dès ce moment, Decazes ne lève résolument son drapeau. Il est convaincu de la vérité de ces avertissements. Mais les bienfaits du prince ont enchaîné son ambition. Il ne songe qu'à obéir. Il ferme les oreilles aux conseils pressants qui l'assaillent, et les yeux aux perspectives qui s'offrent à lui.

Bientôt, ses desseins sont connus. Les manifestations les plus flatteuses redoublent autour de sa personne. Royer-Gollard, entre autres, lui écrit : « Pendant que je garde la chambre, mon cher duc, je commence à craindre que vous ne m échappiez. Il ne sera pas dit et il ne serait pas cru que j'ai pu vous embrasser et que j'y ai manqué, quoique empaqueté par la moitié du visage. Soyez donc assez bon pour me dire si je puis vous voir un de ces jours de midi à six heures, car ce

sont là, pour moi, les limites de la journée. Toujours bonne et vieille et tendre amitié. »

Quelles offres, quelles invitations ne cachent pas de tels témoignages d'attachement? Mais Decazes ne veut rien comprendre ni rien entendre, et le 1 1 juillet il se met en route après avoir pris congé du roi. On lit dans les cahiers de la duchesse : « Nous ne passâmes que quelques jours à Paris avant de partir pour Londres. C'était en plein été. Je vis peu de monde, je ne fus pas à la cour, mais une fois, le matin, chez le roi. Cette visite ne me fit pas grande impression, car il en est à peine fait mention dans mes notes d'alors. En quittant Paris, nous nous arrêtâmes à Beauvais, chez le préfet M. de Germiny, pair de France depuis 1819, habitué de notre maison comme homme politique et comme ami. Nous fûmes coucher à Calais où nous nous embarquâmes pour Douvres. Pendant la traversée, je fus très souffrante, sans cependant avoir le mal de mer. J'étais descendue dans une cabine. Lorsque nous fûmes en vue de Douvres, on vint me dire qu'il fallait m'habiller parce que l'ambassadeur allait être reçu avec l'étiquette ordinaire. Notre bateau étant entré dans le port, le comte de Caraman et Elisée Decazes, premier et deuxième secrétaires de l'ambassade, montèrent à bord. En débarquant, nous trouvâmes, nous attendant, le commandant et les officiers de la ville. Ils nous accompagnèrent jusqu'à l'hôtel, où M. Decazes

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