CHAPITRE III
<i L'affaire Clausel dort. Nul doute qu'à ton arrivée, MM. les doctrinaires et les ultra-libéraux ne semblent le réveiller. Je ne suis pas en peine du dénouement. Mais, cela mettrait le feu à la maison : Incidirnus per igiie supposita cineri doloso. On te saisira au saut de ta voiture pour t'en parler. Aie, je t'en conjure, comme ami, comme père, le courage de déclarer hautement que tu ?ie veux pas que ton affaire particulière interrompe le cours des affaires publiques. . . Tu me trouveras très bien portant, quoique dans mon fauteuil... i» Assuré par ces recommandations du bon accueil qui l'attendait aux Tuileries, Decazes arrivait à Paris dans la journée du 22 juin. Il fut reçu par le roi dans la soirée du même jour et le retrouva tel qu il l'avait laissé quatre mois avant, tel qu'il devait être pendant la durée de ce séjour où, presque tous les soirs, le favori eut une longue audience qui ne différait en rien de celles d'autrefois. Il n'existe pas dans la correspondance royale de longues lettres datant de cette époque. Le roi voit Decazes autant qu'il veut le voir et n'a pas besoin de lui écrire. Tout se borne à quelques billets brefs et concis par lequel il le mande : « Bonjour, mon cher fils; si tu es libre, je t'attends à neuf heures et demie. « •1 A ce soir, cher fils bien-aimé; ne perdons rien du peu de temps qui nous reste. » Rien n'est donc changé dans le cœur du roi. Il est tout entier à son ami.
À l'issue d'une de ces audiences, il lui écrit encore au sujet de la duchesse de Berry :
a Je suis un sot de ne pas vous avoir parlé portrait; c'est qu'il n'y a rien eu d'extraordinaire; on est entré par la porte qui est en face du portrait; on l'a sûrement vu et on n'a rien témoigné du tout; on y est revenu bien des fois depuis, jamais la moindre observation. Cette épreuve est à mon sens moins forte que celle du nom, parce que l'on ne pouvait ig^norer que le portrait était chez moi, au lieu qu'on ne pouvait pas se douter de ce que j'allais dire; je trouve cependant que l'une confirme l'autre. »
Ainsi, il est bientôt démontré que Decazes n'a rien perdu de la faveur du roi. Il n'en faut pas davantage pour déchaîner toutes sortes de rumeurs. Le bruit se répand qu'il va revenir aux affaires et que le roi s'est décidé à lui confier de nouveau le pouvoir. Ses amis exultent; ses ennemis sont terrifiés. Ils en reviennent à le redouter et se taisent. Glausel de Coussergues « n'ose reproduire son infamie " . Monsieur, qui reçoit Decazes à peine poliment, est inquiet et s'efforce d'exciter les susceptibilités des ministres ; ceux-ci, bien qu'ils sachent qu ils n'ont rien à craindre de leur ancien collègue, sont pressés de le voir partir. Richelieu et Pasquier, avec qui il confère tous les jours et de qui il reçoit ses instructions en vue de son ambassade, sont avertis qu il partira pour Londres le 10 juillet et respectent la