AVERTISSEMENT
Je me plais à penser que les personnes qui me font l'honneur de suivre mes travaux et qui, attirées par le titre de ce volume, en entreprendront la lecture, auront lu celui dans lequel j'ai raconté, il y a quelques années, l'existence ministérielle du premier duc Decazes sous la Restauration, de ISIG à 1820, et l'attachante histoire de ses rapports avec Louis XVIII pendant la durée de son pouvoir (1). Elles se souviendront sans doute que ce volume se termine au lendemain de l'assassinat du duc de Beri'y, 13 février 1820, alors que le roi, malgré son tendre et paternel attachement pour son ministre, est contraint de le sacrifier à la haine de
(i) Louis XVIII et le fine Decazes, un vol. in-8". Plon-Nourrit et C", éditeurs. Paris, 1899.
la faction du comte d'Artois, autrement dire de ces ultra-royalistes qui ne pardonnaient pas à Decazes d'avoir, quatre ans avant, prononcé la dissolution de la Chambre introuvable et qui, dans r ardeur furieuse de leur rancune, l'accusaient maintenant d'avoir, par sa politique libérale, provoqué le forfait qui venait de s'accomplir.
Elles se rappelleront aussi que grâce aux documents que je tenais de la confiance du fils et du petit-fîls du ministre préféré de Louis XVIII, j'ai pu décrire en détail les scènes pathétiques qui précédèrent sa démission, suivie, on le sait, de la constitution d'un nouveau ministère dont le duc de Richelieu, rappelé aux affaires malgré soi, s'était résigné à exercer la présidence. Il s'y était résigné, mais à la condition que Decazes quitterait Paris et sur l'engagement formel pris par le comte d'Artois, qui, bientôt après, allait l'oublier, de soutenir le nouveau Cabinet envers et contre tous.
— Votre politique sera la mienne, avait déclaré le prince à RicheUeu. Je serai votre premier soldat.
C'est alors que reconnaissant la nécessité de laisser Decazes s'éloigner de lui, le roi tenant.
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cependant, à ce que son éloignement ne fût pas interprété comme une disgrâce et voulant, d'autre part, récompenser ses services, le créait duc et le nommait ambassadeur en Angleterre. Tels sont les incidents sur lesquels s'étaient arrêtés mes précédents récits. Mais, j'avais promis de leur donner une suite et c'est de cette promesse que je m'acquitte aujourd'hui.
Afin de compléter le sensationnel épisode des relations de Decazes avec le roi, qui se déroule en marge de la grande histoire et dont ils sont les principaux personnages, il convenait de rappeler ce qu'il advint de leurs rapports, la séparation une fois consommée. Il convenait de le rappeler, non seulement pour faire connaître à travers quelles circonstances l'extraordinaire faveur dont Decazes avait joui pendant cinq ans se refroidit et se transforma jusqu'à n'être plus pour lui qu'une entrave mise à ses plus légitimes ambitions, mais aussi pour montrer comment, dans les dernières années du règne de Louis XVIII, la poUtique libérale qu'il s'était fait gloire de pratiquer sous l'inspiration de son jeune et habile conseiller, fut définitivement vaincue par l' ultra-royalisme. Decazes disparu, c'est l'extrême droite qui s'emparera du
pouvoir, après avoir renversé le second ministère Richelieu et qui conduira la monarchie à l'abîme.
Pour reconstituer cette période de l'histoire de la Restauration, je n'ai eu qu'à continuer a puiser dans les archives de la Grave, si hbéralement ouvertes à mes recherches, où j'avais déjà trouvé les éléments de la première partie de mes récits. Il y avait là des documents d'une importance capitale, en ce qui concerne les faits que j'ai racontés, ainsi que pourront s'en rendre compte mes lecteurs en parcourant les pages qui suivent, y compris l'Appendice où j'ai reproduit un grand nombre de ces pièces et qui, grâce à elles, ne présente pas un moindre intérêt que ma propre narration.