‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 4 sur 139 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'opinion pvibliqup après la mort du duc de Berry. — Haines qui menacent Dccazes. — Son départ pour la Grave. — Les premières lettres de Louis XVIIL — Les débats sur les accusations de Clausel de Coussergues. — Decazes consolé par le roi.

Il n'est pas de spectacle plus douloureux ni plus émouvant que cblui du trouble et du désarroi des âmes françaises au lendemain du crime de Louvel, à l'heure où Decazes, dépossédé du pouvoir et nommé ambassadeur à Londres, venait de partir pour la Gironde, première étape de cet exil à peine dég^uisé, auquel n'avait pu le soustraire la tendre sollicitude de Louis XVIII. De toutes parts, parmi les ultra-royalistes, avaient éclaté, avec plus de violence que par le passé, les vieux ressentiments qu'ils nourrissaient contre lui, contre sa politique, contre les hommes qui s'en étaient fait les défenseurs et contre le roi luimême. C'est Decazes qu'ils accusaient de tous les

malheurs de la France. L'ardeur fratricide des partis engendrait des alarmes non moins vives que leur fureur. De dramatiques incidents parlementaires avalent, au dehors, de sinistres échos et créaient d'autres périls : l'agitation de la rue, l'exaspération des gens de cour, l'attitude menaçante des gardes du corps qui méconnaissaient la volonté du roi, bien qu'ils prétendissent défendre sa cause. « Tout est en convulsion " , écrivait un témoin.

Plein de rage, l'ultra- royalisme exigeait à haute voix d'implacables vengeances contre les promoteurs du système politique suivi depuis cinq ans, auquel était due la dissolution de la Chambre introuvable et qu'il rendait responsable de l'assassinat du duc de Berry. Les pêcheurs en eau trouble, qui siégeaient parmi les libéraux, s'apprêtaient au combat. Ils cherchaient à tirer parti de la confusion générale pour le triomphe de leurs idées et favorisaient les complots qui allaient bientôt éclater. La loi électorale encore en projet, léguée par Decazes à ses successeurs et dans laquelle ils se préparaient à introduire le vote à deux degrés, coup redoutable porté par l'aristocratie à la classe moyenne, cette loi était le terrain où devaient se compter les factions aux prises (1) .

(l) Ce projet moditiait la Charte en v introduisant le renouvellement intégral au lieu et place du rcnouvcllenient partiel. Sur ce point qui allait soulever tant de tempêtes, les ministres

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