‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 67 sur 139 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

temps à ne répondre que par le mépris, tant ils redoutaient que le besoin de se défendre ne hâtât son retour, Decazes versait sa colère dans le cœur du roi :

» Que veut-on? Que prétend-on? Me faire rester ici en me traînant dans la boue sans que je m'essuie! On compte trop sur ma bonté. Si le ministère, attaqué comme moi et au nom duquel on m'attaque, ne me défend pas, puis-je rester ici? Puis-je ne pas prendre la parole à mon tour? " C'était là le cri d'un homme d'autant plus exaspéré que ces accusations avaient de virulents échos dans deux journaux de Londres à qui, une ou deux fois par semaine, arrivaient de France des articles exclusivement dirigées contre lui. Il semblait qu'à cette heure, nulle puissance au monde n'eût pu le retenir à Londres; il voulait partir et se montrer en face à ses accusateurs. Mais, Richelieu et Pasquier accouraient effarés aux Tuileries. Terrifiés par la perspective du retour de Decazes et de l'effet que produirait sa présence à Paris, ils donnaient au roi les raisons de leur silence et le suppliaient d'exercer sur son ambassadeur toute son influence afin de le détourner d un dessein dont l'exécution, affirmaient-ils, ne présentait que des dangers. Leur opinion, sur ce point, ne différait pas de celle du roi et sans les mettre en cause, il n'hésitait pas à faire ce qu'ils souhaitaient, fidèle à la régule qu'il s'était inflexiblement tracée, de ne jamais laisser

dans l'embarras, tant qu'ils étaient à son service les hommes investis de sa confiance.

(i Votre lettre, mon cher duc, mandait-il à Decazes, n'a que trop répondu à l'idée que je m'étais faite de l'effet que l'infâme libelle produirait sur vous. Vous voudriez que le ministère prit la parole pour y répondre. J'avoue que je ne puis pas être de votre avis. Ce serait faire trop d'honneur à un misérable pamphlet, car l'homme a beau être député, ce qu'il ne dit pas à la tribune ne mérite plus que ce nom. Je ne sais pas si vous serez content de l'article qui a paru hier dans le Moniteur. Je crains que non; votre sensibilité justement irritée aurait peut-être voulu davantage. Cependant, tous vos anciens collègfues y assurent leur pavillon en se déclarant attaqués comme vous et l'homme y est froidement traîné dans la boue. Le gfant qu'il a jeté a été relevé par M. d'Argoult. Je suppose, car je n'ai ni lu ni ne lirai le libelle, qu'il n'omet aucun des chefs d'accusation et en tâchant de faire taire mon cœur pour n'écouter que ma raison, j'en ai été content.

« J'ai voulu connaître l'effet que le libelle avait produit sur le public. Tous ceux à qui j'en ai parlé m on dit qu il était nul. Je ne m'en suis pas rapporté à ce témoig^na^f^e auquel je m'attendais et j'ai chargé quelqu'un que je sais très véridique et qui voit beaucouji d'ultras, de me dire ce qu'il avait entendu.

11 — Les uns, m'a-t-il dit, trouvent que ce n'est

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