CHAPITRE VIII
tés : » Je suis convaincu que le nouveau ministère V regarderait à deux fois avant de prendre sur lui une telle responsabilité et que le roi n'y accéderait pas. » Mais, ce commentaire rassurant ne suffisait pas à calmer les appréhensions de Louis XVIII, en ce qui touchait riiypothèse d'un nouveau débarquement de Bonaparte sur les côtes de France : « Ce que le duc de Wellington vous a dit sur Bonaparte a un caractère bien autrement grave que les propos de M. ïiernay. Maudit soit le comte de Munster! Il nous a ravi le meilleur de nos moyens de défense. »
Par cette dernière ligne de son post-scriptum, le roi accusait Munster d'avoir usé de son influence sur George IV pour desservir Decazes auprès de lui. Celui-ci remarquait non sans surprise que le « cher George >> n'avait pas encore répondu à !a lettre particulière de son frère et cousin, en date du G juillet, citée plus haut et recommandant l'ambassadeur à ses bontés. Affectueusement accueilli lors de sa réception à Carlton-house, Decazes n'y a\ait plus été appelé et, malgré ses demandes, sa femme n'était pas encore officiellement présentée. Il s'en inquiétait, quoi que pût lui dire la comtesse de Lieven, victime, elle aussi, à plusieurs reprises des caprices et de la mobilité du roi d'Angleterre, de son caractère fantasque. Et Louis XVIII d'imputer au comte de Munster la responsabilité des bouderies royales.
Il Plus je le vois prévenant pour vous, plus je suis certain de sa fausseté et ce n'est pas sur des ouï-dire que je le juxje; c'est sur une certaine lettre que j'ai lue dans la correspondance. Je n'avais jug^é que lui d'après sa lettre; mais, la vôtre m'apprend qu'il en faut juger d autres aussi et qu'un travail de taupe dont je ne puis soupçonner que lui, n'a que trop bien réussi. La lettre portait ces mots : Le roi n esi pas à se repentir delà précipitation avec laquelle il a accepté M. Decazes comme ambassadeur. Cela explique trop bien la conduite tenue depuis l'audience et il est aisé d en juger l'auteur. Mais, ce qui ne peut s'expliquer que par l'habitude de parler ainsi, ce sont les éloges qu'on vous a faits de moi qu'on doit regarder au moins comme un sot, puisqu on croit que j'ai mal placé ma confiance. Tout cela me met dans un triste dilemme : j'aime personnellement le roi; je voudrais donc qu il fut bien pour mon ami. Mais, sa déconsidération personnelle, qui m'afflige, me fait presque craindre qu'il ne soit trop bien. Ce que lord Castlereagh vous a dit de l'état du pays et des suites possibles du procès, est bien effrayant. »
Quelques jours plus tard, le roi revient sur ce triste et pénible sujet : " Vous voyez que je ne parle pas ici du procès de la reine, de son abandon, de l'accommodement nécessairement mauvais, qui va avoir lieu s'il ne l'a déjà eu. Ce n'est pas que je n'en ressente beaucoup de peine; j y