‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 70 sur 139 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

reviendrai tout à l'heure. Mais, la reine ellemême, M. Tiernay vous l'a dit avec toute espèce de raison, n'est qu'un instrument entre les mains des radicaux ; et ce n'est pas elle, ce sont eux qui triomphent et c'est un g^rand sujet de s'affliger et surtout de s'inquiéter. Le roi peut ne pas penser tout à fait ainsi. Quelle que soit sa sollicitude pour le bien de l'Etat, le procès le touche de plus près, et vous et moi nous connaissons quelqu un qui est invulnérable de partout, excepté de cœur. Depuis le commencement de la Révolution, le prince de (malles n'a cessé de manifester l'intérêt le plus touchant et le plus noble à ma cause ; c'est là le fondement de l'amitié qui nous unit; la connaissance personnelle n'a pu que la consolider et l'accroitre. Depuis trois semaines seulement, sa conduite envers un ami bien plus cher blesse mon cœur dans la partie la plus sensible. Mais, il est trompé; mais, il ouvrira les yeux; mais, en attendant, il souffre ; sa position est cruelle, de quelque côté qu'on l'envisage; je n'y puis être indifférent. Je n'ose me flatter que vous puissiez le lui dire. Les perfides qui lui ont donné tort contre moi l'obsèdent de trop près pour cela. Mais, si vous pouvez lui faire savoir que mon cœur tout entier prend part aux peines da sien; si, surtout, l'intermédiaire peut lui dire que ce n'est pas mon ambassadeur, mais mon ami que je charge de lui porter les consolations de l'amitié, cela me fera du bien. "

On voit combien nombreuses et multipliées montaient autour de l'ambassadeur de France les causes de préoccupations, lesquelles se compliquaient d'incidents personnels : tel le débat qui s'éleva entre lui et Pasquier au sujet d un secrétaire d'ambassade que celui-ci entendait lui imposer et dont lui-même ne voulait pas parce que, disait-il, ce jeune fonctionnaire n'étaitqu'un espion qu'on cherchait à établir auprès de sa personne. Sans exagérer la tendance de son esprit, en la présentant sous des couleurs trop accusées, on ne saurait nier qu'à cette heure, Decazes était prompt, trop prompt même, à prendre ombrage de quelques-unes des mesures que décrétaient à Paris ses successeurs. Mais, cette promptitude avait son excuse. Tout ce qu'il avait fait, lors de son séjour au pouvoir, les ministres le détruisaient ou le désavouaient. Ils révoquaient des fonctionnaires, voire de modestes employés dont le crime consistait uniquement à avoir été nommés par lui Les réclamations qu'il prodiguait en leur faveur n'étaient pas écoutées. Il ne pouvait rien obtenir, pas même qu'on n'envoyât pas dans son département des agents qui lui étaient notoirement hostiles. Dans le choix du personnel comme dans les lois soumises aux Chambres, lultra-royalisme triomphait, grâce à la faiblesse du ministère. Decazes, toujours attaqué, jamais défendu, voyait s'affaiblir de plus en plus son ancienne influence et se manifester de toutes parts Tinces-

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