‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 86 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mission dans laquelle j'avais été parfaitement bien servi par M. le marquis de Bonnay, et que j'étais persuadé qu'il m'y servirait de même.. Nous avons ensuite échangé quelques mots insignifiants, et je lui ai fait ma révérence. »

Devant ces succès de la droite, soulignés par la joie bruyante de Monsieur et de ses familiers, et facilités par la faiblesse dont témoiguait le roi depuis que Decazes n'était plus auprès de lui, les inquiétudes de celui-ci redoublaient. Il voyait à une échéance prochaine Richelieu renversé, car l'extrême droite victorieuse ne consentirait pas à le laisser à la tétc du gouvernement. Il se voyait lui-même obligé de quitter son ambassade pour n'en être pas chassé. Dès lors, ne valait-il pas mieux rentrer à Paris et tâcher de retenir le roi qu il sentait prêt à lui échapper, avant de le laisser devenir le prisonnier des ultras? Au cours de ces incidents, un ami qui avait vu Pasquier et causé avec lui, confiait à Decazes les particularités de cet entretien.

« Il m'a laissé entendre que ce n'était que prétexte de querelle que vous cherchez pour revenir à Paris, qu'il n'ignorait pas que des imprudents vous en donnaient le conseil, que cependant votre retour ne pouvait avoir lieu en ce moment; que le roi ne vous accorderait pas de congé; que Mme Decazes pourrait venir à Paris, mais sans vous; que Sa Majesté s'en était exprimée en ces termes; que, d'ailleurs, M. de Ri-

chelieu avait positivement déclaré que si vous reveniez habiter Paris, n'importe dans quelle situation, il quitterait aussitôt le ministère, ne voulant pas être ministre de nom et vous de fait; qu'en outre, si vous pensiez sérieusement à rentrer dans les affaires, on vous éclairait bien mal sur votre situation, surtout vis-à-vis de la cour et de la famille royale où vos ennemis étaient plus puissants et plus actifs que jamais. »

Decazes n'était que trop disposé à considérer de tels propos comme un défi. Loin de refroidir ses intentions, ils les surexcitaient d'autant plus que le même correspondant, dont il connaissait la sagesse et le sang-froid, tout en le suppliant de ne prendre un parti qu après mûres réflexions, lui donnait l'assurance que les dires de Pasquier étaient fort exagérés et, en ce qui touchait les sentiments du roi, tout le contraire de la vérité.

D'autre part, on 1 avisait que le centre gauche était disposé à le défendre. « Il y a là des hommes qui vous seront dévoués : Kératrv que je mets en tète, Laisné de Ville-l'Évéque, Robert, le général Fabre, Yillemain. Sebastiani est à surveiller. Foy et Gaumartin seront bien. Je ne vous parle pas de Camille Jordan : la question est de savoir s'il pourra se traîner à la Chambre. Je n'ai pas encore vu Courvoisier. J'augure très favorablement de Casimir-Perier que je vois souvent chez Camille. On me dit que M. de Sainte-Aulaire va revenir. VilIe-l'Évéque me disait hier devant Ger-

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