‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 85 sur 139 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lution. Prenez bien garde à vos conversations avec Esterhazy, car toutes vos paroles sont redites làbas avec aup^mentation et commentaires. Quoique l'Autriche et l'Angleterre aient Tair d'être à mille lieues de s'entendre sur toutes ces questions, il ne leur faudra pas beaucoup de temps pour renouer toute leur intelligence; ce sont de vieux amis qui peuvent se quereller, mais qui ne se brouilleront jamais. Le ministère anglais ne me paraît pas beaucoup plus ferme sur ses pieds aujourd'hui (ju'il y a deux mois, malgré que l'effervescence se soit évidemment beaucoup calmée dans ce pavs ; s'il s'en tire, ce sera par l'impossibilité de trouver des successeurs, et cette impossibilité est encore un mauvais symptôme. Je fais des vœux pour qu'il n'y ait pas de changements. Dans l'état où est l'Europe, rien n'est indifférent, et un changement de direction de la politique britannique pourrait entraîner de graves inconvénients. Je suis impatient de voir M. Caming et de causer un peu avec lui sur tout cela.

" J'ai lieu de croire que vous êtes dans l'erreur, sur un plan formé ici pour reproduire la ridicule affaire qui vous concerne. Jusqu'à présent, il n'en est sûrement pas question. Il est certain au reste qu'on ne peut pas répondre des actions d'un fou. .Si cela avait lieu, nous agirions comme nous le devons, et à vous et à nous-mêmes, mais je mentirais si je vous disais que je ne désire pas vivement qu'il n'en soit pas question. De telles

imputations ne peuvent pas vous atteindre et la discussion d'une pareille affaire ferait un mal inexprimable.

" Je vous prie de présenter mes hommages à vos dames et de ne jamais douter de mon inviolable amitié.

•' Richelieu. >•

Cette lettre acheva de calmer les colères de Decazes, tant elle était cordiale, affectueuse, digne en tout du loyal ministre qui 1 avait signée. Peut-être alors Decazes se fùt-il apaisé et rassuré si, par les avis qu'il recevait d'ailleurs, il n'eût constaté les rapides progrès de 1 influence de la droite, due surtout à la condescendance des ministres pour les ultras à qui ils venaient de faire une place dans le Cabinet, en v appelant Viiléle et Corbière, et en nommant Chateaubriand, pour désarmer son opposition, ministre de France à Berlin. Cette nomination, c'est le roi qui l'avait annoucée à Decazes :

« Je viens de voir mon nouveau ministre de France à Berlin. Il est entré d'un air fort embarrassé; il a commencé par me dire que si quelque chose m'avait déplu dans sa conduite... La langue me démangeait. Mais, j'ai craint de faire le deuxième tome du maréchal de Villeroi, et, prenant autant que je l'ai pu l'air digne et serein^ je lui ai dit que nous commencions une nouvelle ère, que j'avais cru bien faire de lui confier une

Page 1