‹ L'ambassade du duc Decazes en AngleterreChapitre 92 sur 139 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

repentir. Mais, cela ne suffit pas. Vous avez des amis véritables qui vous défendent dans l'occasion et s en tiennent là ; des amis imprudents, si ce n'est faux, qui parlent sans cesse de vous, avec les éloxjes que vous méritez, ce n'est pas l'embarras, mais hors de propos et qui en induisent ou laissent induire votre prochaine entrée dans les affaires; des ennemis enfin dont ces propos tiennent la haine éveillée et qui mettraient le feu à la maison plutôt que d'y voir entrer celui à qui ils ne pardonneront jamais le mal qu'ils lui ont fait. A ces trois classes, il faut ajouter celle des ultra-libéraux qui vous haïssent bien autant que d autres ultras, mais qui font semblant d'être vos partisans, afin d'exciter par là l'agitation, si ce n'est du trouble. Dans cet état de choses, nul doute que votre arrivée ici causera de la commotion. Elle s'apaisera si l'on sait d avance et, surtout, si l'on voit que vous n'êtes ici qu'en passant. Huit ou dix jours sont bien suffisants pour reposer une pauvre malade, grosse ou non, et la mettre en état de continuer sa route. Mais, si votre séjour se prolongeait davantage, s'il prenait le caractère d'indéfini, l'injustice est telle qu'il est impossible d'en calculer le fâcheux résultat. Moimême, je vous le dis avec une profonde douleur, mais avec la certitude d'en être réduit là, le cas arrivant, il faudrait me condamner au plus cruel des supplices, à celui de Tantale. Je n'ajouterai rien. Il m'en coûte assez de vous parler ainsi. >»

Jamais le roi, dans ses rapports avec Decazes, ne s'était exprimé avec cette fermeté et, jamais non plus, celui-ci n'avait, au même degré, discerné dans le langage de « son père » l'influence de ses ennemis. Quand il reçut cette lettre qui ne légitimait que trop ses appréhensions, il venait d'en écrire une dont un extrait expliquera l'impression douloureuse qu'exerça sur lui la défense de résider à Paris qui lui était implicitement faite. Il y annonçait au roi que l'état de la malade s'aggravait de jour en jour et que les médecins, bien que n'osant la laisser partir, insistaient pour qu'on se tint prêt à profiter des premières vingtquatre heures de beau temps pour prendre la route de France. Dubois, de son côté, avait écrit que c'était folie de prolonger le séjour en Angleterre.

Il Ma pauvre petite ne peut plus dîner à table. Nous avions quatre ou cinq personnes aujourd'hui, pour son père et sa mère. Elle a dû nous laisser dîner sans elle. Pleine de courage cependant, elle serait plutôt disposée à rester qu'à partir dans la crainte que mon arrivée à Paris ne soit un prétexte d'attaques contre moi. Je la rassure en lui disant que nous n'avons pas affaire à des tigres, je 1 espère du moins, et que, dans tous les cas, mon père est là. »

Ce que disait Decazes, il le croyait. Mais, la lettre du 14 février et celles qui suivirent ne pouvaient qu'ébranler sa vieille confiance dans la

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