CHAPITRE X
Rien n'est changé à cet égard, et la triste résolution que je vous ai annoncée, je l'exécuterai si j'y suis contraint. »
Ce qu'il a dit le 28 février, il le répète avec plus de force le 14 mars, et de l'accent d'un souverain qui veut être obéi.
« Comment pouvez-vous imaginer que je dissimule ce que mon cœur souffre? Je ne le pourrais pas, et, quand je le pourrais, je ne le voudrais pas. Il faut, dans ma position, subir la dure loi de la nécessité et remplir avec fermeté les obligations qu'elle impose. Ce que je vous ai écrit est mon ultimatum. J'y tiens avec résolution, peutêtre avec courage, mais j'en souffre. Vouloir le cacher serait une faiblesse, peut-être même une fausseté inutile, car, Dieu merci, personne ne me croirait. "
Et comme Decazes, comprenant le péril d'une plus longue résistance, s'est excusé d'avoir affligé son père et son roi, celui-ci le rassure tout en demeurant inébranlable dans ses résolutions.
» L'un et l'autre le sont. Mais, c'est à cause de vous et non par vous, ce qui est fort différent.. La résolution que je vous ai annoncée, à laquelle je tiens et tiendrai avec d'autant plus de fermeté qu'elle me coûte davantage, ne m'a été conseillée par personne. Le duc de Richelieu n'a eu connaissance de ma lettre que par occasion, plus de huit jours après qu'elle a été écrite, comme je n'en ai point eu de la sienne. Ce qu'il m'a dit y a
sans doute contribué. Mais, je ne me suis décidé qu'avec la preuve recueillie de bien des côtés que son dire était fondé sur une connaissance exacte de l'immense majorité de la Chambre des députés. Je sais que je passe pour faible. Peut-être Tamitié seule empéche-t-elle de me regarder comme tel en cette occasion. Mais, je ne suis pas le seul de vos amis qui pense ainsi. Portai, Roy sont encore plus prononcés que moi.
« Henri IV, Louis XIV n'auraient pas agi comme moi. Mais, nous ne sommes plus à leur temps et c'est chez nos voisins qu'il faut chercher des exemples. George III a été obligé de consommer un sacrifice aussi douleureux peut-être et plus complet que le mien. Je ne doute pas qu'après quelques jours de repos, votre femme ne soit en état de continuer sa route vers Salies dont le séjour me parait admirablement choisi. Je le souhaite ardemment et pour plus d'une raison. »
Sous peine d'encourir à jamais la disgrâce royale, il fallait courber la tête et se résigner. Decazes se résigna. C'était sa faiblesse, en ces circonstances, d'avoir, depuis cinq ans, reçu de Louis XVIII tant de bienfaits et d'avoir contracté une si lourde dette de reconnaissance, qu'il ne pouvait ne pas lui obéir sans s'exposer à passer pour le plus ingrat des hommes. Quelque humiliantes que fussent pour sa fierté et affligeantes pour son cœur les conditions qu'on lui imposait, comment aurait-il pu s'y soustraire?