CHAPITRE I
En somme, deux théories, deux écoles absolument contradictoires, sont en présence pour expliquer l’amblyopie strabique. Les uns : Donders, de Græœfe, Javal, Lewuillon, Parinaud, et nous ne citons que les principaux auteurs, font de l’'amblyopie strabique une amblyopie par défaut d'usage. Les autres, À. Grœfe, Abadie, Schweigger, Silex, en font une amblyopie congénitale. Entre ces deux écoles, on peut citer quelques noms : Jüngken, Bühm, Arlt, Boyer, qui admettent l’amblyopie congénitale et une amblyopie ex anopsia ensuite.
Nous n’avons pas encore à prendre parti pour les uns ou les autres, réservant de le faire quand nous aurons les résultats de notre statistique personnelle.
Il est étonnant qu’en présence de la divergence d'opinions on n'ait guère tenté, au moins sur une large échelle, de faire des observations décisives sur cette question.
Le mieux, pour clore ce débat, serait de relever aussi bien que possible l’état de la vision chez un certain nombre d’enfants qui commencent à être affectés de strabisme alternant.
Plus tard, après des années, lorsque le strabisme serait devenu concomitant, il faudrait voir si la vision de l’œil dévié a varié ou non et conclure d’après cela à une existence d’amblyopie par non usage ou non.
Cette idée cependant ne peut pas être réalisée complètement, car il est certain que sous le prétexte d’une statistique, ou d’un
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point de théorie à vérifier, aucun oculiste ne peut différer le traitement qu'un malade atteint de strabisme alternant vient réclamer de lui etle condamner à revenir lorsque son strabisme sera devenu concomitant; mais nous croyons qu'il est possible d'arriver au même résultat avec une certitude de vérité à peu près égale, en modifiant un peu le sens de ces recherches et en les rendant plus facilement exécutables.
Il suffit pour cela de relever d’abord l’état de la vision chez tous ceux qui se présentent affectés d'un strabisme alternant, ou même d’un strabisme monolatéral et intermittent, car dans ces deux cas l'œil n’a pas cessé complètement de servir à la vision et ces deux états particuliers précèdent, dans la plupart des cas, le strabisme concomilant. |
Relever également ce même état de l’acuité visuelle chez tous les sujets porteurs d’un strabisme concomitant. Puis établir s’il existe ou non un rapport entre l’état de l’acuité visuelle dans ces deux catégories d'exemples.
En voyant enfin, s’il existe également un rapport entre celte même acuité ou entre l'amblyopie et l’âge du strabisme, ne peut-on pas conclure au même titre que suivant les expériences ou les recherches proposées plus haut.
Tel est le but de la statistique établie ci-après. Recherches de l'existence d’une amblyopie par non usage. Disons tout de suite que les observations dont nous noùs servons portent la mesure de l’acuité visuelle recherchée avec le plus grand soin et après correction du vice de réfraction par des verres. Il ne faut pas évidemment faire entrer dans l’amblyopie strabique l’'amblyopie due à l’hypermétropie, la myopie ou l’astigmatisme.
Nous avons réuni dans cette statistique une centaine de cas de strabisme, tous étudiés avec le plus grand soin par M. le D' Lagrange, et qui ont été séparés en trois groupes :
Le premier comprend tous les cas de strabisme alternant ou monolatéral et intermittent.
Le deuxième comprend tous ceux où le strabisme a été conslaté dans les trois premières années après la naissance.
Dans le troisième sont rassemblés tous ceux où le strabisme s’est établi à partir de trois ans.
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Nous avons séparé ces deux derniers groupes, parce que dans le deuxième groupe de nos observations il peut s'ajouter au manque d'usage un second facteur qui est le manque de développement de la fonction visuelle, et comme il existe pour ce développement des différences individuelles très grandes, puisque pour un enfant il peut être complet à un an tandis que pour un autre il ne l’est qu'entre deux et trois ans, il est probable qu'il n'existe pas dans ces sortes de cas de rapport entre l’'amblyopie et l’âge du strabisme.
Dans le troisième groupe, au contraire, l’amblyopie, si elle n'est pas congénitale, ne peut être imputée qu’au manque d'usage seul et nous saurons trouver ce rapport.