‹ L'Amblyopie du StrabismeChapitre 37 sur 41 · SEE · texte numérisé non relu

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ces trois caractères ; nous sommes donc amené ainsi, par Constatalion et déduction, à nous rallier à l'opinion de Donders, de Grœfe, Javal età la théorie de Lewuillon, Parinaud, etc., qui considèrent l'amblyopie strabique comme une amblyopie par défaut d'usage.

A l'aide de toutes ces données, il nous est facile maintenant de réluter les arguments des adversaires de la théorie de l'amblyopie strabique par défaut d'usage. Ces arguments, résumés par Silex, sont au nombre de quatre ou cinq; nous allons les énoncer les uns après les autres et les réfluter au fur et à mesure.

1° On ne connaît pas d'exemple certain d'une faiblesse vi CNE survenue après l'établissement du strabisme.

En effet, lorsque le strabisme est monoculaire et définitif, c'est qu'il remonte probablement à plusieurs mois et l'on ne peut savoir si l’'amblyopie est déjà la conséquence de la déviation, ou si elle était préexistante. Cependant Lewuillon en donne des exemples assez concrets que nous devons citer ici, car les cas d'observation sont très rares.

& Une jeune fille de quatorze ans et demi, Marie D..., vient consulter le 16 juillet 1891, M. Romiée, chel du service ophtalmologique de l'hôpital des Anglais, à Liège. La patiente louche depuis l’âge de neuf mois, à la suite d'une paralysie de l’oculomoteur externe, il en est résulté un strabisme convergent à l'œil droit ; nous constatons à cet œil l'existence d’une hypermétropie modérée, mais on est en droit d'admettre que celle-ci n'a pas élé la cause de la difformité. L'acuité visuelle normale à gauche est réduite à 1/7 à l'œil dévié. Voilà done une amblyopie qui s'est développée par suite de la déviation, comme le montre l'histoire ultérieure de la malade.

» Grâce aux exercices el à la strychnine, le muscle droit externe a recouvré un peu d'usage ; mais l’acuité reste toujours 1/7.

» Le 2% seplembre, M. Romiée pratique la ténotomie du droit interne, avec avancement du tendon du droit externe : à parlir de ce moment, cinq ou six fois par jour, on applique un bandeau sur l'œil sain et l'on fait lire pendant une à deux minutes les gros caractères d'imprimerie.

ER IoES

» Le 6 octobre, l’acuilé était de 1/6.

» Le 29 du même mois elle était de 1/4.

» Le 5 novembre, l'acuité élait à peu près devenue normale. » ;

Un exemple plus instructif encore et plus concluant, rapporté également par Lewuillon, est celui que nous offre un malade, Nicolas J..., âgé de douze ans :

& Ce malade a été atteint à l'œil droit d’une brûlure conjonctivale par de la chaux vive, il en est résulté des adhérences entre le globe oculaire et les paupières : ces adhérences ont subi un traitement chirurgical, mais il est resté des brides qui ont amené une déviation du globe en dedans. Or cet accident date depuis un an et l'enfant à refusé l'opération qui aurait rectilié la position de l'œil. La cornée n'offre rien d’anormal ; la vision toutelois est diminuée, car l’acuité de l'œil droit est réduite au n° 150 de l'échelle de Galezowski. Il s’est donc produit une déchéance de la fonction visuelle dans le court espace d’une année et cependant il s’agit dans ce cas d’yeux emmétropes. »

M. Romiée a eu la bonne fortune d'assister à l’acheminement d’un œil vers l’amblyopie. Il cite une personne qui, en 1875, présentait à l'œil gauche atteint de strabisme convergent, une acuité de 1/3, avec hypermétropie de 3 dioptries; en 1880, l’acuité était réduite à 1/10. Ces cas d'observation n'avaient pas satisfait Silex, puisqu'il les réfute ; mais nous en avons 2 à notre tour qui n'offrent aucune prise à la critique, l’'amblyopie est bien consécutive au strabisme et, de plus, a été diminuée par l’application du bandeau sur l’œil sain.

Obs. 4. — André L..., douze ans, a commencé à loucher à dix-huit mois. Le strabisme convergent a été alternant jusqu’en 1895. A cette époque : V — 1 aux deux yeux. Pas de vision

binoculaire.

Cure d’atropine, la mère ne voulant pas se résoudre à l'inter-

vention.

Le malade ne revient à la consultation qu’en 1901, six ans

après. Le strabisme s’est localisé à gauche.

% février. Ténotomie des droits internes.

Mor. 6

6 février. Correction parfaite.

12 février. Verres prescrits : OD + 3,50. OG + 3,50.

L'enfant a une très mauvaise acuité à gauche : 1/25 ; on conseille la louchette.

45 avril. L'enfant porte mal sa louchette. V OG = 1/10.

Obs. 2. — Angèle P..., neuf ans. La mère s’est aperçue de la loucherie de son enfant lorsque celle-ci eut environ quinze mois. Sirabisme interne alternant jusqu'à ces derniers temps, bien qu’un peu plus fréquent à droite.

OD. Ast. rég. conf. 1 d.

OG. Ast. rég. conf. 1 d.

Après correction de l’hypermétropie + 2,50 à droite ; on a V = 1 aux deux yeux.

Le 30 septembre, double ténotomie plus accentuée à droite. Légère divergence surtout à droite.

Le 8 octobre, la malade étant obligée de quitter Bordeaux, on lui fait porter des lunettes fumées, avec papier noir à la partie interne de l'œil droit. L’œil gauche ne pouvant voir, notre malade doit être ainsi lorcée de regarder en dedans.

15 octobre, la divergence semble ne plus exister.

10 février 1899. Cette malade n’a pas été vue depuis quatre mois, après avoir négligé tout traitement. Son acuité à droite à beaucoup diminué, elle n’est plus que de 4/4. On recommande le port de la louchette sur l'œil gauche.

Voilà deux cas où, contrairement à l'argument de Silex, qui d’ailleurs n’est que celui formulé par Alf. Groefe, nous sommes absolument sûr que l’amblyopie est survenue postérieurement à l'établissement du strabisme.

On trouve également dans Javal des cas d’yeux devenus amblyopes par le port de la louchette trop longtemps prolongé.

Mais, en outre, nos recherches nous ont amené à énoncer que dans le strabisme alternant et intermittent l'amblyopie n'existe pas ; or, comme la plupart du temps le strabisme permanent est précédé par un de ces deux genres de strabisme, il est facile d'en déduire que lamblyopie est consécutive au strabisme. Après toutes ces constatations, l'argument de Silex n’a plus raison d’être.

2 Quelques personnes ne sont pas atteintes d'amblyopie, lors même qu'elles louchent depuis bien des années.

D'abord, il n’en existe que quelques cas, ils ne suffisent pas pour infirmer une idée qui à au contraire pour elle une grande quantité d'exemples positifs; de plus, cette objection ne porte guère si l'on admet, avec les partisans de la théorie nerveuse, que cette amblyopie, comme les autres troubles du strabisme, a sa cause dans un vice de développement de l'appareil visuel, vice de développement qui ne peut se produire que dans l'enfance.

de L'acuité visuelle d'un œil qui louche ne s'améliore ni par l'exercice ni par le redressement.

Les quelques insuccès que l’on éprouve, quand on cherche à développer par l'exercice les fonctions visuelles d’un œil strabique, ne démontrent rien contre l'hypothèse d'une amblyopie par défaut d'usage. La plupart de ces exercices sont souvent entrepris beaucoup trop tard, à un moment où la-vision est déjà très affaiblie, et leur durée totale n’équivaut certainement pas au 1/10 du temps pendant lequel l'œil amblyope a souffert l’inactivité. Quiconque a tenté d’instituer un traitement de ce genre sait à quelle résistance passive on se heurte auprès du jeune malade et de ses parents. C’est tout au plus si l’on obtient que des exercices réguliers soient faits pendant quelques minutes, deux ou trois fois par jour.

Aussi, que les résultats soient à peu près nuls dans ce cas, cela ne doit pas faire conclure à l'impossibilité d’une rééducation de l’œil amblyope ; car cette tentative demande beaucoup plus de méthode, d’exactitude, de persévérance.

Les praticiens qui s’y sont appliqués : Javal, Parinaud, Meyer, Vossius, Lagrange et ses élèves Cosse et Ginestous, etc., etc., ont obtenu des succès après le traitement optique de l’amblyopie des strabiques. Vialet n’enregistre sur ce point que 8 insuccès parmi 54 cas de strabisme opéré.

M. le Professeur agrégé Lagrange en a présenté de nombreux cas à la Société de médecine de Bordeaux (1894).

En lisant les observations que nous avons relevées, on a pu

se rendre compte de la difficulté qu'il y a à faire suivre ce traitement, mais aussi combien importants et nombreux sont les succès remportés chez les malades qui se conformaient aux conseils du médecin.

Enfin un troisième groupe d'exemples bien significatifs contre ce nouvel argument nous estoffert par des individus qui,'atteints de strabisme avec amblyopie de œil dévié, perdirent par accident l'usage de leur meilleur œil et virent dès ce moment leur œil amblyope s'améliorer d’une façon notable.

Desmarres, dès 1845, cite le cas d’une jeune fille qui, pendant le courant d’une atteinte de kératite de l'œil sain, recouvra en partie lacuité visuelle de son œil dévié amblyope.

Panas cite le cas d’un homme qui perdit son œil sain de. un voyage à travers les Tropiques et revint avec l’acuité visuelle de son œil dévié presque normale, alors qu'il avait une très forte amblyopie de cet œil avant son départ. ;

Klein, Bulkomhy, Heine, elc., rapportent eux aussi des cas analogues.

4o Il ny a pas d'onbluonie dans le strabisme paralylique.

Il en existe quelques cas dans la science.

Lewauillon en cite un que nous avons exposé plus haut.

Si les cas de ce genre sont très rares, c'est que le strabisme paralytique ne se rencontre guère que chez les adultes qui ont un appareil visuel complètement développé et beaucoup moins soumis à l’inactivité. Il faut, chez l'adulte, beaucoup plus de temps pour constater l'amblyopie que chez l'enfant. De plus, dans le strabisme paralytique, il existe toujours de la diplopie, ce qui est une preuve de la vision binoculaire, et tant qu'il y a vision binoculaire il ne peut y avoir amblyopie par défaut d'usage, l'argument par ce fait se retourne de lui-même contre l'auteur.

° Chez les personnes affectées de cataracte congénitale et opérées à un dgée avancé, on arrive parfois à oblenir une acuité visuelle excellente el pourtant il'est incontestable alors que l'œil opéré n'ail jamais fonctionné.

Contre celte assertion, nous n'avons aucune expérience per-

La tie

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