‹ L'Amblyopie du StrabismeChapitre 6 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il y a quelques mois, M. le Professeur agrégé Lagrange ayant développé devant nous cette question du strabisme, nous fûmes séduit par les considérations qui s’en détachaient et nous acceptâmes, avec empressement et gratitude, la proposition qu'il nous fit d’en étudier l’amblyopie,

Dans la plupart des cas de strabisme fonctionnel, en effet, on constate que l'œil dévié est atteint d’amblyopie, c’est-à-dire de la diminution de la vision, qu'il s'agisse d’un abaissement de l’acuité centrale ou d’une limitation anormale du champ visuel.

Une statistique de Berlin, citée par Leber (p. 1012), portant sur 215 cas de strabisme unilatéral, montre que l'œil dévié avait une vision faible 72 fois sur 100 et que, le plus souvent, il s'agissait là d’une amblyopie à un hautdegré. Schnabel, en 1899, ayant étudié 527 cas de strabisme convergent, a trouvé que 97 fois seulement (18,4 °/, des cas) l’acuité visuelle était la même aux deux yeux, 99 fois (18 ‘/.) l’acuilé était abaissée au moins de la moitié de l’acuité de l’autre œil, 148 fois (28 °/.) elle se trouvait être descendue entre un demi et un dixième et plus souvent encore, soit 183 fois (34 °/.), elle n’atteignait pas le dixième de l’acuité de l'œil employé pour la fixation. La fréquente coexistence du strabisme et de l’amblyopie indique, à n’en pas douter, une relation de cause à effet; mais il est difficile de savoir si la faiblesse unilatérale est la cause qui porte l'œil à loucher, ou si elle est elle-même la conséquence de la déviation prolongée de l’œil.

Le premier, en 1788, Joseph Plenck s’est occupé de cette question, se demandant si l'amblyopie était la cause du stra-

bisme ou, au contraire, si elle était provoquée par lui. Il conclut selon la première hypothèse. Depuis cette époque, de nombreux auteurs ont discuté ce sujet; les uns se ralliant à l'idée de Plenck et faisant de l'amblyopie strabique une amblyopie congénitale, les autres au contraire en faisant une amblyopie consécutive el par manque d'usage. Idées absolument contradictoires, comme on le voit, et qui cependant ont chacune leurs partisans convaineus.

Puisque jusqu'à présent, il n'est pas encore sorti des différentes idées émises une opinion unique, précise et ferme, nous allons à notre tour essayer de résoudre cette question si controversée, en appuyant nos raisons sur la statistique que nous avons faite d'un assez grand nombre de cas de strabisme, dont les observations avaient élé toutes recueillies dans le service de M. le Prolesseur agrégé Lagrange, à l'hôpital des Enfants, et rassemblées sous sa direction dans un mème registre spécial.

Le débat entre partisans de l'une ou l'autre théorie ne porte guère d'ailleurs que sur les cas de strabisme infantile survenant depuis la naissance Jusqu'à dix aps, c'est-à-dire à un âge où le développement des fonctions visuelles peut encore subir un arrèt ou une régression ; les auteurs sont, en général, tous d'accord pour admettre que le strabisme unilatéral, qu'il soit fonctionnel ou paralytique, reste pendant un temps indéterminé compatible avec le maintien d’une bonne acuité visuelle chez les adultes. Un point parait acquis à tous, c’est que : une amblyopie préexiste au strabisme dont elle est la cause et non l'effet : soit dans tous les cas où on constate la présence de aies de la cornée et de troubles du cristallin congénitaux ou acquis, soit encore dans les cas où on constate la présence de diverses altérations de la rétine ou du nerf optique congénitales ou acquises; mais ce sont des exceptions qui ne peuvent nous occuper, car il s'agit ici des cas de diminution de l’acuité visuelle, sans altéralion de la cornée, des milieux réfringents ou de l'appareil nerveux, sans cause appréciable enfin, selon l'expression de Sauvineau, c'est-à-dire des cas de strabisme véritable, de strabisme fonctionnel,

Cependant, avant d'établir la stalistique et d'entrer dans la discussion, il est bon de connaitre les caractères de l'amblyopie strabique, ce qui fera l'objet de notre premier chapitre.

Dans le deuxième, qui constituera l'historique, nous passerons en revue les idées des auteurs sur notre question.

Un troisième sera consacré à l'exposé des observations que nous avons rassemblées.

Un quatrième renlermera la discussion de ces observations et les conclusions que nous en aurons tirées.

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