Mac Master, Op. cit
vre, portée facilement au vice, à l'ivrognerie surtout, et de mœurs peu recommandables.
Dans les Etats du centre, le New-York, la Pennsylvanie, le Delaware et le New-Jersey, la population très mélangée était composée principalement, ainsi que nous l'avons vu, d'Irlandais, d'Allemands et de Hollandais. New-York était déjà la métropole commerciale de l'Union: Philadelphie en était momentanément la capitale politique. Les immigrants qui avaient afflué dans ces Etats pendant les quarante dernières années de l'époque coloniale, n'avaient pas pris l'empreinte imposée dans la Nouvelle-Angleterre par une discipline séculaire. Les tempéraments y étaient moins uniformes, la vie plus agitée, plus bruyante. New-York et Philadelphie furent les deux premières villes à se pénétrer de Tesprit celtique qui aujourd'hui prévaut partout.
John Davis (1) nous donne quelques échantillons des conversations que l'on entendait vers 1794, dans les endroits fashionnables de la capitale, entre les jeunes gens de la meilleure société :
« Lorsqu'ils ne mangeaient pas, dit-il, ils se tenaient assis devant la porte des tavernes, buvant des punchs glacés et s'entourant d'un nuage de fumée de tabac. Ils riaient fort, racontaient leurs aventures noctures dans l'allée des muLUres de
i. Op. cit.
Charleston, oii se recommandaient les meilleurs lupanars de Philadelphie. Ils n'interrompaient le flot de leur conversation que lorsque quelque jeune fille trouvant le trottoir bloqué par eux, était obligée de passer sur la chaussée et leur arrachait cette exclamation « Oh, la jolie fille! » à quoi Tun d'eux ajoutait : « Et voyez encore celle-ci, qui s'en vient là dans la rue ». « Et cette autre là haut, à la fenêtre du tailleur d'en face ! Harry, j'irai m'y commander un habit demain ».
Il ne s'en suit pas de là que les mœurs fussent licencieuses à Philadelphie ; au contraire, on y avait le culte de la décence. En 1810, on y fît une exposition de statues reproduisant des chefs-d'œuvre du musée du Louvre ; deux jours par semaine furent fixés pour l'admission des dames et ces jours-là, on voilait celles des statues qui étaient nues (1).
C'est aussi à Philadelphie que l'on s'opposa tout d'abord aux représentations théâtrales : attendu qu'elles constituaient une source d'immoralité, qu'elles entraînaient à des dépenses, au luxe, etc.
L'opposition s'étendit ensuite à New-York, Albany, Baltimore et Boston. La moralité, disaiton, était le principe du gouvernement populaire ; le théâtre, en corrompant les mœurs, amènerait l'anarchie et préparerait les voies à la royauté.