‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 47 sur 96 · McMillarCs Magazine, février · texte numérisé non relu

McMillarCs Magazine, février

nombre suffisant, pour communiquer ses habitutudes d'obéissance aux lois et ses aptitudes au gouvernement personnel, aux vastes multitudes d'étrangers qui manquent comparativement des unes et des autres ».

« La plupart des divorces dont le nombre est énorme sont attribuables, croit-on, disait deux ans plus tard, un écrivain du Blackwood^s Magazine (1), à une mauvaise conduite ou à des habitudes contractées longtemps avant le mariage et qui font que l'homme et la femme regardent avec indifférence des choses qui exigent de strictes principes moraux ».

Le D' Rainsford affirmait, il n'y a pas très longtemps « avoir vu des tentatives d'immoralité chez des enfants, à un âge où la chose nous paraîtrait incroyable ».Et cela, dit-il, devient pire, chaque année ».

Si grave que puisse paraître cet état de choses, il ne faut pas cependant l'apprécier de la même manière qu'on l'apprécierait en Europe ; car ici, les résultats en sont moins funestes. La vie n'a pas ce calme, cette sérénité qui permet aux chagrins et aux douleurs de s'y faire une place trop exclusive. Tout est mouvement, activité, lutte.

De même qu'en temps de guerre les accidents, les catastrophes qui en temps de paix créent une

1, Blackwood's Magazine, mai 1891.

vaste commotion passent presque inaperçus ; de même chez cette nation puissamment agissante et marchant d'une allure rapide, ces faits qui, ailleurs arrêtent l'attention de l'observateur et paraissent des symptômes alarmants, ne sont guère notés ici que par quelques moralistes sévères qu'on lit peu.

La malhonnêteté dans les affaires, dans la vie publique, nous frappe moins parce que la richesse abonde, se crée sans cesse et que les désastres financiers n'écrasent personne sous leurs ruines.

Le divorce n'enlève pas à l'enfant le toit tutélaire tout plein d'amour, de dévouement, de tendresse qu'il est généralement en Europe ; l'enfant américain n'est pas cet être faible et sans ressort que la perte de ses parents priverait du soutien nécessaire ; c'est un petit homme déjà armé pour la vie, c'est une petite femme qui saura se tirer d'affaires.

Il n'en reste pas moins vrai que l'évolution de la femme est un grave facteur dans l'orientation de la nation américaine et qu'elle prépare des transformations sociales que nous ne pouvons encore prévoir.

La femme aux Etats-Unis, est en général, plus instruite que l'homme ; aucune question intéressant les destinées de l'humanité ne lui est indifférente ; elle raisonne de tout et s'est fait, comme je l'ai dit, une conception absolue de l'égalité :

égalité devant le travail, égalité devant la jouissance. La civilisation chrétienne, basée sur le mariage indissoluble et la vie de famille, avait établi, à tort ou à raison, des distinctions dans Tinconduite et le libertinage, selon qu'ils étaient pratiqués par l'homme ou par la femme ; ici, on arrive par une pente très rapide, à admettre que le jeune homme qui n'apporte pas au mariage la robe de l'innocence baptismale, n'a pas le droit d'exiger plus de celle qui sera la compagne de sa vie.

Je sais bien que cette opinion a été défendue en dehors de l'Amérique par des esprits très distingués et que cette égalité devant l'amour peut sembler logique. «Cette jalousie rétrospective, écrivait il y a quelques mois M. Henri Fouquier (1), c'est encore là un de ces éléments de douleur et de désordre qu'a fait naître pour nous la détestable éducation que nous recevons en toutes les choses qui touchent à l'amour. C'est le produit de notre conception trop mystique du mariage et de la valeur tout à fait exagérée et malsaine que les hommes attribuent à la virginité de la femme. Si on va bien au fond des choses, le goût de la femme vierge prend naissance dans des idées tout à fait grossières et qui ne sauraient être admises par les femmes »

D'autres auteurs ont traité cette question dans

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