Mari et femme
« Quant aux résultats physiques de la manie du développement des muscles qui s'est emparée de nous dans ces dernières années, il est certain que l'opinion émise dans ce livre est celle du corps médical en général ayant à sa tête l'autorité de M. Skey. Et il est certain que l'opinion émise par les médecins est une opinion que les pères de toutes les parties de l'Angleterre peuvent confirmer en montrant leurs fils à l'appui. Cette nouvelle forme de notre excentricité nationale a ses victimes pour attester son existence — victimes brisées et infirmes pour le restant de leurs jours.
Quant aux résultats moraux, je puis avoir raison et je puis avoir tort en voyant, comme je le fais, un rapprochement entre le développement etîréné des exercices physiques en Angleterre et le récent développement de la grossièreté et de la brutalité parmi certaines classes de la population anglaise.
« L'attention publique a été dirigée par des centaines d'écrivains sur le rough (individu grossier et brutal) en haillons. Si l'auteur de ce livre s'était renfermé dans ces limites, il aurait entraîné tous les lecteurs avec lui, mais il est assez courageux pourattirer l'attention publique sur le rough débarbouillé et en habits décents et il doit se tenir sur la défensive vis-à-vis des lecteurs qui n'auraient pas remarqué cette vérité ou qui l'ayant remarquée préfèrent l'ignorer ».
Autant les batailles de coqs étaient en faveur
autrefois dans les colonies du Sud, autant les combats de pugilistes le sont aujourd'hui, du sud au nord et de Testa Touestde l'Union ; ils sont devenus un plaisir suprême dans presque toutes les classes de la population, et l'intérêt de millions d'individus se concentre à époques périodiques sur la force des biceps, l'agilité, la souplesse d'un Gorbett, d'un FitzSimmons, d'un Sullivan, ou d'un Sharkey.
Le jour de la fameuse lutte de Carson-City entre Gorbett et FitzSimmons il y a deux ans, la vie de la nation sembla suspendue, les affaires furent paralysées et il n'est pas un hameau, pas un village du plus lointain territoire où l'on ne s'entretînt avec passion des deux boxeurs.
Autour des bureaux de journaux, partout des milliers de personnes en proie à une agitation fébrile étaient assemblées, suivant avec une émotion indicible les phases de la lutte, immédiatement annoncées par le télégraphe dans toutes les parties de l'Union.
Pas un journal qui ne consacrât des pages entières aux détails de la rencontre, et qui ne reproduisît pour le bonheur de ses lecteurs, les moindres gestes des deux lutteurs, leurs paroles les plus insignifiantes, les encouragements des entraîneurs, les exclamations des privilégiés présents à Carson-Cily. J'ai sous les yeux un numéro d'un grand journal newyorkais paru le lendemain de la fameuse journée. Au-dessous des por-
traits des deux pugilistes se détachent en lettres énormes les mots suivants :
Madame Fitz est excitée. Elle s'appuie sur les cordages et encourage son mari : Frappe Bob (\) Frappe au corps! ».
Puis ce sont les scènes d'enthousiasme et de détresse qui suivent la défaite de Corbett. « Gorbett se précipite et donne du poing droit sur la joue de Bob, s'écriantavec frénésie : Laisses-moi lutter quelques rondes de plus ! Laisses-moi Brady î
« Brady court à Jim (2) entoure de ses bras le cou de l'ex-champion hors de lui tandis que Julian et Stenzer se placent entre Corbett et FitzSimmons qui garde son attitude inoffensive.
« Corbett crie d'une voix d'hystérique : Oh ! laisse-moi lutter encore quelques rondes, Brady, je t'en prie, Billy Brady, laisse-moi ! Brady presse son ami contre son épaule et avec des larmes dans la voix : Tu pourras lutter encore avec lui, demain, je déposerai pour toi 20.000 dollars, viens !
« Pendant ce temps là, le champion était remonté d'un pas leste sur les degrés et sa femme embrassait avec ferveur sa figure ruisselante de sang.
« Brady alors monte sur l'estrade et avec des gestes désordonnés et d'une voix rauque il crie :