‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 53 sur 96 · LES ROIS DE LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LES ROIS DE LA REPUBLIQUE

/. — Le millionnaire. Il règne mai^ ne gouverne pas. Etre millionnaire constitue le summum du bonheur rêvé par la masse du peuple américain. Ce que Hamilton disait en 1833. Li Hung-chang. Le millionnaire est un héros et Von a pour lui V indulgence et la complaisance que Von avait aux âges militaires^ pour les grands capitaines. — Sa vie est toujours intéressante.si sa personne Vest rarement. Le millionnaire est généralement un bienfaiteur. FI a doté beaucoup d'établissements d^ utilité publique^ c'est, ensomme,un bon roi. — n. Le politicien n'occupe pas une situation privilégiée, mais il gouverne. Le Boss et son armée. Quay^ Platt, Croker, Tammany Hall. Influence néfaste du politicien. — m. Le journaliste est le plus puissant des trois souverains. Il flatte les faibles populaires, alimente la soif de sensation des masses, leur chauvinisme, etc., etc. Il développe surtout Vamour de la réclame et le cabotinisme. La presse jaune. — Opinion de Mattheio Arnold. Invasion du journalisme à sensation au Canada, Une lettre de V Archevêque de Montréal.

Comme les rois constitutionnels, le millionnaire règne mais ne gouverne pas. Il règne dans l'échelle sociale, il en occupe Téchelon le plus élevé; il règne sur les imaginations, il les séduit et les hypnotise. Être millionnaire constitue le bonheur idéal rêvé par toute la population de la République ; ce n'est pas seulement la possession du pouvoir, l'accession à toutes les jouissances, c'est un titre de gloire. Millionnaire! Ce mot résume pour l'Américain tout ce qu'il y a de beau et de grand en ce monde.

Les premiers monuments que l'on montre à un étranger visitant une ville américaine, ce sont les résidences de ses millionnaires ; ce dont les différentes races qui peuplent l'Union se glorifient particulièrement c'est de lui avoir fourni tel ou tel millionnaire. Les premiers rêves de l'enfant qui se complaît en des visions brillantes d'avenir gravitent autour de ces mots : « Quand je serai millionnaire ». Ecoutez le boniment d'un camelot ou d'un commissaire-priseur : « Cette drogue *a des vertus merveilleuses, s'écriera le premier, Jay Gould et Vanderbilt, en faisaient un usage continuel. « Ce fauteuil, clamera le second, est moelleux et élégant, il est assez bon pour un millionnaire 2>.

La richesse est un élément de bonheur même pour ceux qui ne la possèdent pas; il faut voir avec quel enthousiasme l'Américain parle du luxe, des demeures merveilleuses, des dépenses extra-

vagantes, de la magnificence de ses millionnaires. Une révolution sociale qui détruirait les grandes fortunes aux Etats-Unis, porterait une grave atteinte à la félicité des masses.

Hamilton écrivait dès 1833 (1) : « Mammon n'a pas de plus zélé adorateur que le Yankee... L'hommage du Yankee n'est pas seulement celui des lèvres ou des genoux, c'est une prostration de tout son être, le dévouement de toutes ses forces corporelles et mentales au service de l'idole. » Et il raconte comment, se trouvant à New-York, un soir, le citoyen qui lui offrait l'hospitalité voulut le présentera toutes celles des personnes présentes dont la fortune était le plus considérable. « Voyez-vous, me dit-il, ce gentleman grand et maigre, avec une taie sur l'œil et le nez un peu busqué ? Hé bien, il n'y a pas trois mois, il a gagné cent mille dollars dans une seule spéculation sur les suifs. Il faut que vous me permettiez de vous présenter à lui. La présentation eut lieu. L'hôte revint, un moment après, l'air encore plus important qu'auparavant. « Un Gentleman, me dit-il, valant au moins un demi-million de dollars, avait manifesté le désir de faire ma connaissance. C'était, en vérité, très flatteur pour moi et je ne pouvais me refuser à ce désir. Une troisième fois, notre digne amphytrion revint à la charge, et, avant de partir, j'eus l'honneur d'être présenté à

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