‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 65 sur 96 · W. E, Dixon, New America (p · texte numérisé non relu

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la grâce des formes, la déférence, la courtoisie extrême disparaissent avec la tyrannie, qu'une grande liberté rend les gens moins polis. « Si, dit-il, il nous paraissait que ce que nous appelons les bonnes manières n'est que le signe d'une longue soumission à la volonté d'un maître, nous pourrions nous consoler, même, de voir un mal appris jeter en passant sur nos bottines, le tabac qu'il vient de mâcher ».

On pourrait alléguer, d'un autre côté, et avec raison je crois, que l'homme courtois et poli demande les mêmes égards que ceux qu'il accorde; sa politesse n'est pas de la soumission c'est un échange. Pour rendre la société agréable il faut adoucir les points de contact avec ses semblables.

Une preuve de l'égalité qui règne aux Etats-Unis entre les hommes, c'est le sens qu'on y donne au mot gentleman. Tandis qu'en Angleterre ce mot désigne une classe sociale, il a trait, ici, aux qualités d'esprit et de cœur, à l'honnêteté, à la droiture de l'individu à qui on l'applique.

L'amour de l'inégalité prend sa revanche dans les cercles sociaux. Chaque localité petite ou grande a sa « «oczWy». Seulement,Ia supériorité ou si l'on veut, les prétentions de certains groupes sont infmiment moins blessantes qu'en Europe, car rien ne les souligne, ne les met en évidence, en dehors des vanités féminines qui peuvent de temps à autre se trouver en contact et se heurter.

Dans les pays européens,en dehors du chroniqueur mondain qui signale avec émotion les faits et gestes des aristocrates, il y a lé romancier qui décrit avec amour leurs perfections et leurs élégances. Tout romancier français qui se respecte ne choisira ses héros que dans le monde des marquis, des marquises, des ducs, des comtesses, des officiers, et quelquefois des filles de grands industriels plusieurs fois millionnaires. Tout le monde connaît le vieux cliché : la marquise a Tair hautain, les mains et les pieds mignons, les attaches fines, elle est mise avec une élégance exquise ou une simplicité du meilleur goût ; le duc a fort grand air, le comte a des manières d'une distinction parfaite. La fille du grand industriel a quelquefois les mains un peu fortes,ce qui renrage,elle est un peu haute en couleurs, mais ne manque pas d'une certaine distinction plébéienne. Les cornes dont on gratifie M. le comte, ou M. le marquis sont portées avec une grande élégance ou maudites avec des imprécations très distinguées. Quant au bourgeois il est bête et ridicule et grotesque ; la bourgeoise est guindée, d'aspect commun, de tournure empesée. L'ouvrier est grossier et brutal, à moins qu'il n'ait à jouer un rôle de dévouement, dans lequel cas on lui octroie de rares qualités. Le paysan est une bête de somme^et rw*<?, toujours.

Or, le lecteur des romans et des journaux mondains qui n'ja pas autrement l'occasion de rencontrer cette élite ne doit pas mettre en doute

la supériorité incontestée qu'on lui attribue ; le petit bourgeois, la petite bourgeoise surtout, en sortant de ces lectures doit faire de tristes retours sur rhumilité de sa condition.

En Amérique, il n'y a pas de classe oisive ; l'élite de la société américaine n'a pas le prestige que pourraient lui donner de nombreuses générations d'aristocratie, de vie élégante, de luxe, ou même les qualités imaginaires que pourraient lui prêter les romanciers de snobopoiis. Le millionnaire sort du peuple, on connaît la genèse de sa fortune, son père ou son grand-père étaient des ouvriers ; il ne semble pas descendre d'un monde privilégié avec des droits à l'opulence ; on a constaté les efforts qui ont été faits pour amnsser celte fortune. Les femmes n'ont pas de qualités particulières et d'état; la fille du millionnaire n'a pas les attaches plus fines ou une taille plus élégante que l'ouvrière ou la demoiselle de magasin ; au moins il n'en est jamais question dans les peintures de moeurs ; les romans ne le mentionnent pas.

La chronique des journaux, comme je l'ai dit ailleurs, fait mention de tout le monde, de tout abonné surtout ; il n'y a pas de privilégiés. M. Srnitli, forgeron, et M. Jones, millionnaire sont partis en villégiature, le journal consacre à l'un et à l'autre une note locale.

Le compte rendu d'un bal populaire ne diffère pas de celui d'un bal de la Cour dans les pays

monarchiques ; il contient le détail minutieux des toilettes des demoiselles de magasin, et des ouvrières de tous genres qui y ont pris part, et s'agrémente généralement aussi des portraits des organisateurs du bal. Le chroniqueur se sert des mêmes termes dont se servirait un reporter duGaulois au sortir d'un bal chez une duchesse; il apporte le même enthousiasme à ses descriptions, etc., etc.. Pourquoi pas?

Ce cabotinisme à outrance généralisé est peutêtre un peu ridicule, mais je le répète encore, il sert dans une grande mesure, les intérêts de l'égalité.

L'Américain considère généralement, comme une preuve de sa supériorité sur les autres peuples, la nervosité excessive dont il est affligé, les maladies à base de névrose dont il souffre. Un certain colonel Higginson que Malthew Arnold appelle « un éminent critique de Boston » prête à Dame Nature les paroles suivantes : Jusqu'à présent la race anglaise a été ma meilleure race, mais nous avons eu assez d'Anglais ; faisons la dépense d'une goutte additionnelle de fluide nerveux et créons l'Américain! ».

La plupart des manifestations bizarres, des

emballements, des excentricités dont notre continent est le théâtre, ont leur cause dans Tirritation, le désordre du système nerveux. C'est le climat que Ton tient d'ordinaire, pour responsable de cet état de choses ; le climat trop humide disent les uns, trop sec affirment les autres, dans tous les cas très déprimant.

Cependant les Indiens ont passé nombre de siè~ clés sous ce même climat et leurs nerfs sont restés robustes; jamais il n'a été question de nervosité chez les anciens Puritains, les planteurs du Sud, les Allemands de la Pennsylvanie, les Hollandais du New-York. La névrose américaine est une chose toute moderne; ni Fearon, ni Tocqueville,ni Hamilton^ni Warburton n'en font mention. Sans doute, elle était en germe à l'époque où ces auteurs ont visité les Etats-Unis, car la vie fiévreuse, agitée, insouciante de toutes les lois de l'hygiène qui a été celle des quelques générations qui se sont succédé depuis le commencement du siècle, devait nécessairement entraîner chez leurs descendants l'affaissement du système nerveux. Déjà en i833. Hamilton constatait que l'Américain était un pauvre convive et qu'il semblait considérer le repas comme une nécessité pénible dont il fallait s'acquitter le plus vite possible (1). Les troubles digestifs, la dyspepsie générale ont amené nécessairement nombre d'autres

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