The American citizen
La tentative de colonisation et de rapatriement de Libéria n'a pas produit tout ce qu'on en attendait, « Mais, dit M. Williams, la plupart des Noirs qu'on y a envoyés étaient des gens dont on voulait se débarrasser plutôt que de bons sujets ».
Les premiers émigrants qui s'y rendirent des Etats du Sud, en 1822, n'étaient que 86; pendant les années suivantes les Nègres ne retournèrent en Afrique qu'au nombre de quelques milliers. En 1855, il y en avait 8000 à Monrovia et dans le voisinage; ils s'occupèrent alors de conquérir à la civilisation les peuplades au milieu desquelles ils se trouvaient et, au moment de la guerre de sécession, Libéria comptait 100.000 Noirs d'origine américaine et 300.000 indigènes. Depuis cette époque, il semble que les progrès aient été à peu près nuls.
L'annexion des îles Sandwich a eu beaucoup de partisans dans le Sud parce qu'un certain nombre d'hommes politiques de cette partie de l'LFnion croyaient qu'il serait possible d'y faire émigrer les Nègres en masse.
M. J. A. Thorne, de Philadelphie, un gentleman de couleur instruit, veut fonder dans le Nyassaland, possession anglaise de l'Afrique centrale, une colonie de Noirs d'Amérique. O projet a déjà reçu un commencement d'exécution et d'abondantes souscriptions ont été recueillies dans ce but, en Angleterre et en Amérique. L'exemple de Libéria où les rapatriés n'ont cherché qu'à de-
venir fonctionnaires et Boss et à s'abstenir de tout travail, servira aux nouveaux colons qui ont pris pour devise « Nil magnum sine lahore ».
On a songé encore à TEtat libre du Congo où, d'après Stanley, on pourrait établir une population double de la population noire d'Amérique, sans empiéter sur le terrain des races indigènes.
Presque tous les Nègres influents sont en faveur de ce projet de rapatriement. L'évêque Henry Turner, d'Attanta (Géorgie) disait, il n'y a pas longtemps : « La race nègre doit émigrer ou s'attendre à être exterminée. Elle se meurt dans ce pays où elle n'est devenue ni plus riche, ni plus saine, ni plus heureuse, ni plus sage, ni quoique ce soit digne d'être mentionné : C'est en Afrique qu'elle doit retourner, car le Bon Dieu a fait le Nègre pour l'Afrique et l'Afrique pour le Nègre ».
« Je suis fatigué, disaît-il en une autre occasion., du problème nègre, de la loi de Lynch, du gouvernement, de la populace, et des millions d'autres Nègres en sont fatigués comme moi. Nous voulons la paix à quelque période de notre existence et si nous ne pouvons la trouver ici, où nous sommes nés, que ceux d'entre nous qui veulent essayer de la vie dans une autre partie du monde, y soient aidés. La nation américaine doit aux Nègres 40 milliards de dollars, qu'elle leur en donne un peu pour leur permettre d'émigrer».
Un pasteur de couleur, le révérend T. S. Lee, écrivait en 1890 : « Je crois que la solution finale
de ce qu'on appelle le problème de race, sera l'émigration... Deux races si différentes Pune de l'autre par leur structure physique et entre lesquelles il y a des barrières si insurmontables ne peuvent pas plus vivre ensemble en ce pays, que deux rois ne peuvent régner sur le même trône, en même temps.
Allons en Afrique s'il le faut, montrons à l'Américain que nous pouvons nous passer de lui, et il apprendra à nous connaître et à nous apprécier. » D'autres sont moins conciliants, un journal publié dans l'Alabama, par un prédicant nègre du nom de Bryan (1), publiait en 1889, les lignes suivantes :
« Si vous autres, Blancs, quittiez ce pays-ci, (le Sud), dans vingt ans ce serait l'une des plus belles sections du globe. Nous vous apprendrions mangeurs de mousse^ (1) comment on conduit un pays. Vous ne verriez pas de convicts infâmes empêchant les travailleurs honnêtes de gagner honnêtement leur vie. Mais il n'en sera pas toujours ainsi, et je crois que vous vous en repentirez. Nous n'avons pas été faits pour être éternellement des serviteurs ; comme les autres races, nous aurons noire jour. Vous avez eu votre guerre de la révolution, votre guerre civile, nous vous